Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Clinton-Netanyahu : le bras de fer laissera des traces

Le défi lancé par Benjamin Netanyahu à l’administration américaine en obtenant l’annulation du sommet prévu à Washington et en infligeant un camouflet à Bill Clinton, qui avait pesé de tout son poids pour sa tenue, a mis à rude épreuve la relation déjà tendue entre les Etats-Unis et Israël, un allié privilégié mais de plus en plus difficile. Ce bras de fer, qui laissera sans doute des traces dans les rapports entre les deux pays, a achevé de démontrer à l’administration Clinton que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tient avant tout à la survie de sa coalition gouvernementale et qu’il résiste remarquablement bien aux pressions. Il a aussi créé, pour la première fois, une alliance de circonstance entre Washington et l’Autorité palestinienne. Celle-ci avait accepté la proposition américaine d’un retrait de l’armée israélienne de 13 pour cent de la Cisjordanie, principal objet du litige. Ce rapprochement pourrait atténuer l’impact de cet échec sur la crédibilité des Etats-Unis dans le monde arabe et auprès de leurs partenaires européens. L’émissaire américain Dennis Ross devait regagner dimanche soir son pays sans avoir réussi à faire accepter par M. Netanyahu les propositions de compromis américaines sur un retrait militaire en Cisjordanie. M. Ross a rencontré M. Netanyahu avant son départ, pour la troisième fois depuis vendredi. Selon un communiqué officiel israélien, «il sera décidé dans les prochains jours de la manière dont se poursuivront les contacts». D’emblée, M. Netanyahu avait fait savoir qu’il n’accepterait pas un «diktat» américain, Washington ayant exigé qu’il accepte sa proposition de retrait avant de venir au sommet, censé relancer le processus de paix. Sûr de l’appui unanime de son gouvernement à son intransigeance, M. Netanyahu n’a même pas jugé nécessaire de mettre la question à l’ordre du jour du Conseil des ministres hebdomadaire, dimanche, apprend-on de source officielle. Cependant, les Etats-Unis n’ont apparemment pas renoncé à faire plier le chef du Likoud et le sommet de Washington pourrait n’être que partie remise. La radio israélienne a évoqué les dates du 19 ou du 22 mai. Le premier ministre ne s’est pas déclaré opposé à participer à un sommet, une fois réglés les problèmes en suspens sur l’étendue d’un retrait militaire israélien en Cisjordanie. Le poing sur la table Critiqué par l’opposition pour avoir pris le risque d’une confrontation avec l’allié américain, M. Netanyahu n’a pour l’heure aucun souci à se faire du côté de l’aile droite de sa coalition. Il pourrait avoir les coudées plus franches pour négocier. Les médias israéliens ont affirmé qu’il n’avait pas hésité à élever la voix et taper du poing sur son bureau devant M. Ross en reprochant aux Etats-Unis d’avoir «renié leur engagement à laisser Israël effectuer un retrait sans avoir à consulter quiconque». M. Netanyahu, qui doit se rendre mercredi aux Etats-Unis pour une assemblée générale du lobby pro-israélien, le Comité américano-israélien pour les Affaires publiques (AIPAC), peut espérer jouer de ses appuis auprès de la communauté juive et de la droite républicaine pour faire fléchir l’Administration. Le premier ministre israélien qui, pour avoir passé plusieurs années à Washington et à New York comme diplomate, connaît à fond les rouages du pouvoir aux Etats-Unis, a compris qu’il avait, lui aussi, des moyens de pression sur Bill Clinton et ne s’est pas privé de mobiliser ses alliés au Congrès. Il a été aidé par la proximité d’élections législatives partielles aux Etats-Unis, en novembre, et par le cinquantenaire de la création de l’Etat d’Israël, qui rendait plus délicates les pressions. Le speaker (président) républicain de la Chambre des représentants Newt Gingrich a d’ailleurs joué sur cette corde sensible en accusant Bill Clinton de «faire chanter» Israël au moment où l’Etat hébreu rendait hommage à ceux qui ont combattu pendant un demi-siècle pour sa survie. L’Administration américaine a sa part de responsabilité. Elle a trop longtemps sous-estimé la volonté de M. Netanyahu de vider les accords d’Oslo de leur substance. Après trois visites du premier ministre à Washington, des responsables américains prétendaient encore qu’il finirait par imiter Yitzhak Rabin, le guerrier devenu homme de paix. Enfin, la déclaration de Hillary Clinton en faveur d’un Etat palestinien a été une aubaine pour M. Netanyahu, en mettant la Maison-Blanche sur la défensive. Il ne faut pas surestimer le rôle du vote juif ou du fameux lobby juif, estiment des experts américains. Une partie de la communauté juive américaine soutenait les travaillistes israéliens qui ont signé les accords avec les Palestiniens et se montre critique envers M. Netanyahu. Mais en année électorale, le calcul est simple pour un candidat: critiquer M. Netanyahu peut lui coûter des voix, soutenir les droits des Palestiniens a peu de chance de lui en rapporter. Le poids politique des Américains d’origine arabe reste faible et l’électeur américain s’intéresse peu à la politique étrangère, sauf quand ses soldats sont en danger en Bosnie ou dans le Golfe.
Le défi lancé par Benjamin Netanyahu à l’administration américaine en obtenant l’annulation du sommet prévu à Washington et en infligeant un camouflet à Bill Clinton, qui avait pesé de tout son poids pour sa tenue, a mis à rude épreuve la relation déjà tendue entre les Etats-Unis et Israël, un allié privilégié mais de plus en plus difficile. Ce bras de fer, qui laissera sans doute des traces dans les rapports entre les deux pays, a achevé de démontrer à l’administration Clinton que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tient avant tout à la survie de sa coalition gouvernementale et qu’il résiste remarquablement bien aux pressions. Il a aussi créé, pour la première fois, une alliance de circonstance entre Washington et l’Autorité palestinienne. Celle-ci avait accepté la proposition...