Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

La rapide descente aux enfers

La «descente aux enfers» de l’Indonésie a été rapide: présentée l’été dernier comme l’une des superpuissances du début du prochain millénaire, elle se retrouve, à peine dix mois plus tard, à l’état de ruine économique apparemment au bord du chaos politique et social. Le président Suharto, à 76 ans le doyen des chefs d’Etat asiatiques encore en exercice, s’était fait reconduire triomphalement en mars dernier pour un nouveau mandat de 5 ans à la tête d’un pays qu’il dirige d’une main de fer depuis 32 ans par une Assemblée dont il avait choisi personnellement la majorité des membres. Mais, à peine deux mois plus tard, les étudiants, pourtant traditionnel soutien de son régime qu’ils avaient contribué à porter au pouvoir en 1966, l’accusent d’incompétence et demandent sa démission. Et leur message a, apparemment, de plus en plus d’écho dans une population, pourtant habituée à la résignation, mais de plus en plus écrasée et poussée à bout par la hausse des prix et le chômage. Plus significatif peut-être encore dans une culture qui repose sur le respect du pouvoir et de l’âge, les manifestants scandent, comme samedi dernier dans les rues de Jakarta, «Pendez Suharto». A Yogyakarta, l’ancienne cité historique, le slogan favori des manifestants est un jeu de mot en javanais qui assimile le chef de l’Etat à un chien. Pourtant, avec une classe au pouvoir, sans représentation réelle au point que certains «élus» n’ont jamais visité la circonscription qu’ils sont censés représenter, aucune ouverture politique ordonnée n’apparaît possible. Même l’armée, l’appui traditionnel de l’Etat qui lui accorde un rôle socio-politique officiel, semble hésiter. Elle apparaît, notamment ces dernières semaines, partagée sur la conduite à tenir en raison, selon les analystes, de la situation créée au sein du commandement par le contrôle régalien du président sur les nominations et promotions. En juin dernier, la Banque Mondiale couvrait le régime indonésien d’éloges pour sa maîtrise et sa clairvoyance économique et les analystes des organismes financiers internationaux allaient jusqu’à annoncer que l’Indonésie serait en 2015 l’un des 7 pays les plus riches du monde. De simples notes en bas de page signalaient un accroissement rapide du déficit de la balance des paiements et, parfois, le coût élevé pour l’économie du «manque de transparence». Ces termes étaient employés pour évoquer, sans les nommer, les pratiques de népotisme et de corruption qui font que l’Indonésie est considérée dans les milieux d’affaires comme le pays le plus corrompu d’Asie. Et c’est en vain que des analystes financiers indonésiens cherchaient il y a déjà plus d’un an à attirer l’attention sur l’état réel de l’économie et le risque d’implosion de la société. Personne alors ne pouvait accepter le diagnostic maintenant généralement reconnu: l’élément politique domine dans la crise actuelle et sans solution politique, qu’il n’est pas certain que le régime actuel veuille ou puisse mettre en place, il est illusoire de penser qu’une solution à long terme puisse être trouvée. Cause principale de la crise, l’Indonésie croule sous une dette extérieure extravagante qui dépasse 140 milliards de dollars. En majorité à court terme, elle a été contractée par des entreprises contrôlées par les enfants du président, ses proches et sa clientèle politique. «Ils ne lâcheront pas facilement le pouvoir et ses avantages, commentait récemment un chef de mission diplomatique occidental. Et ils ne veulent pas payer leur addition. Ils veulent que ce soit la communauté internationale et la population, mais pas eux». (AFP)
La «descente aux enfers» de l’Indonésie a été rapide: présentée l’été dernier comme l’une des superpuissances du début du prochain millénaire, elle se retrouve, à peine dix mois plus tard, à l’état de ruine économique apparemment au bord du chaos politique et social. Le président Suharto, à 76 ans le doyen des chefs d’Etat asiatiques encore en exercice, s’était fait reconduire triomphalement en mars dernier pour un nouveau mandat de 5 ans à la tête d’un pays qu’il dirige d’une main de fer depuis 32 ans par une Assemblée dont il avait choisi personnellement la majorité des membres. Mais, à peine deux mois plus tard, les étudiants, pourtant traditionnel soutien de son régime qu’ils avaient contribué à porter au pouvoir en 1966, l’accusent d’incompétence et demandent sa démission. Et leur...