Un de ses vieux amis vient d’être inculpé et Monica Lewinsky pourrait être contrainte à parler: la pression s’accentue autour du président Bill Clinton, dans le duel qui l’oppose au procureur indépendant Kenneth Starr. Depuis plus de quatre ans, M. Starr, procureur opiniâtre et républicain, enquête sur différents scandales associés aux Clinton, dont l’affaire Whitewater — une faillite frauduleuse dans l’Arkansas — et l’affaire Lewinsky. Il a fait inculper jeudi soir Webster Hubbell et sa femme Suzanna, proches amis des Clinton, pour une fraude fiscale estimée à plus de 800.000 dollars entre 1989 et 1994. Selon l’acte d’accusation, M. Hubbell aurait en outre reçu en 1994 des milliers de dollars pour des travaux de consultant dont certains n’ont pas été réalisés. A l’époque, déjà l’objet d’une enquête de M. Starr, il avait démissionné de son poste de numéro 3 au Département de la Justice. Plusieurs proches de M. Clinton s’étaient mobilisés pour lui procurer du travail, dans ce que M. Starr voit comme un effort pour acheter son silence. On veut m’obliger à mentir à propos du président, mais «je ne le ferai pas. Le procureur indépendant peut inculper mon chien, il peut inculper mon chat, je ne mentirai pas à propos du président, je ne mentirai pas à propos de la Première dame», a commenté un Webster Hubbell apparemment choqué, proclamant son innocence. Il avait à l’inverse plaidé coupable en 1994 d’avoir détourné à son profit plus de 400.000 dollars au détriment de la Rose Law Firm, une société de Little Rock (Arkansas) dont l’activité est au cœur de l’affaire Whitewater. Mme Clinton était une de ses collaboratrices. M. Hubbell a pour cela passé 20 mois en prison, de juin 95 à février 97. Des conversations téléphoniques enregistrées lorsqu’il était en prison, et rendues publiques, montrent une fidélité sans faille à Mme Clinton, et le souci de ne pas lui nuire. M. Starr «veut mettre autant de pression que possible», a commenté Allan Lichtman, expert politique de l’American University. «Il veut aussi montrer qu’il enquête sur des violations sérieuses de la loi, et pas simplement sur la vie privée» du président. L’inculpation de M. Hubbell a été annoncée moins de deux heures après une conférence de presse de Bill Clinton où il avait été pressé de questions sur l’affaire Lewinsky. Fidèle à une ligne désormais établie, le président s’est refusé à expliquer la teneur de ses relations avec l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, et a dénoncé une fois encore une «stratégie» de ses opposants. Il s’est dit «absolument» prêt à vivre avec ces questions en suspens tout le reste de sa présidence. «N’importe quel Américain qui a observé la conduite du procureur indépendant attend de moi que je suive le conseil de mon avocat» (de me taire), a-t-il dit. Mais Monica Lewinsky pourrait bien, elle, être contrainte à parler devant le grand jury fédéral travaillant sous la houlette de Starr. Elle s’y refusait jusqu’à présent, attendant pour le faire d’obtenir une immunité la protégeant de toute poursuite ou inculpation si elle admet avoir menti lorsqu’elle a affirmé sous serment ne pas avoir eu de liaison avec le président. Elle n’a pas obtenu cette immunité. Si Monica Lewinsky refuse de parler, M. Starr a le pouvoir de l’emprisonner ou de l’inculper. Son avocat William Ginsburg a déjà dit qu’elle ne voulait pas suivre les traces de Susan McDougal, une proche du président emprisonnée pour avoir refusé de répondre aux questions du grand jury. M. Starr enquête sur de possibles obstructions de la justice, parjure et subornation de témoins par Bill Clinton dans l’affaire Lewinsky. Le président a nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec la jeune femme. Le témoignage de Monica Lewinsky est attendu avec appréhension à la Maison-Blanche. (AFP)
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