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Actualités - Reportage

Tapis rouge et séminaires ... pour les bonnes manières (photo)

WASHINGTON-Irène Mosalli Veuillez, s’il vous plaît, me passer le sel... Voulez-vous avoir l’amabilité de fermer cette porte... Je vous saurais gré de revoir ce document... Je vous prie, chère madame, prenez place... Trop obséquieux ce langage? Dépassé, ringard, nullement branché? Pas du tout, puisque l’une des plus grandes universités des Etats-Unis (pays, par excellence de l’informel, du relax, du nature), la John Hopkins University, vient d’organiser un «séminaire de la civilité et des bonnes manières». Cette même université s’apprête à programmer des cours de savoir-vivre et a effectué des recherches sur la façon de se conduire dans les écoles. Une autre université, celle de Pennsylvanie, a formé une commission de 48 professeurs chargés d’effectuer une étude (qui prendrait trois à cinq années de travail) sur le manque de civilité généralisé qui est en train de dégrader la vie publique. Quant au maire de la ville de New York, Rudolph Giuliani, il a été jusqu’à invoquer Platon, tout décidé qu’il est de faire de sa ville un paradis d’ordre et de bons usages. Tout ceci, parce qu’aux Etats-Unis, où l’on se veut simple et efficace à souhait, on glisse souvent, pas toujours consciemment, vers un certain manque d’égards. A force de ne voir dans les bonnes manières qu’une manifestation de l’hypocrisie et de la superficialité, on en vient à oublier l’essence. Le cri d’alarme contre cet état de choses est donc poussé par les milieux universitaires qui ont trouvé qu’à l’approche du nouveau millénaire, les enseignements des grands spécialistes des temps anciens (Aristote, Cicérone, Erasme, Castiglione, Burk) offraient la meilleure réponse à l’harmonisation des relations humaines. Dans ce contexte, il n’était pas inutile de rappeler, selon un historien de l’Université de Colombie, qu’à l’instar de l’évolution de l’art, de la science et du droit, les règles de bienséance étaient un signe de civilisation. Pour rester dans le vrai, il souligne que ce code n’a rien à voir avec l’attitude royale et seigneuriale, synonyme de pouvoir et d’autorité politique. Ainsi pris, il n’était que source de tension. Dans les prisons aussi Ces clarifications, pour séparer le bon grain de l’ivraie et restaurer la respectabilité au sens réel du terme. Un apprentissage qui doit commencer par l’art de se tenir à table et se terminer par celui de rédiger des missives claires et courtoises, même si elles sont expédiées par E-mail. Car la technologie et la notoriété qu’elle engendre ne peuvent se passer de déférence et de civilité. Pour preuve, ces cours d’étiquette donnés à Silicone Valley. Là, au royaume de la cybernétique et de l’informatique, on apprend actuellement, non seulement comment dépenser son premier cent millions de dollars, mais aussi comment ne pas mettre les coudes à table, ne pas lécher son couteau ou tracer des chiffres avec et également comment ouvrir la porte à une dame. Et ceci, n’en déplaise aux féministes qui refusent ces gestes d’amabilité qu’elles investissent de toute une symbolique discriminatoire. Il s’agit de rectifier le tir et de gommer les inutiles causes d’antagonisme. En affaires, comme partout ailleurs, on ne perd rien à être gentleman et convenance ne signifie pas nécessairement défi et corvée. Autant adopter cette maxime d’Alain: «La vraie politesse est plutôt dans une joie contagieuse, qui adoucit les frottements». ... Et pourquoi pas l’agressivité et l’esprit de rébellion qui prévalent dans les milieux carcéraux, qui constituent un excellent terrain pour les chercheurs. L’expérience américaine se propose d’étendre son programme aux prisons. On ne demandera pas aux détenus de porter des gants blancs ou de châtier leur langage mais de développer un minimum de respect mutuel. Assortis de quelques gestes et paroles attentionnés, la promiscuité et l’enfermement deviendraient plus supportables. Dans ce huis-clos, l’enfer étant plus que jamais les autres, autant essayer de contourner son insoutenable lourdeur.
WASHINGTON-Irène Mosalli Veuillez, s’il vous plaît, me passer le sel... Voulez-vous avoir l’amabilité de fermer cette porte... Je vous saurais gré de revoir ce document... Je vous prie, chère madame, prenez place... Trop obséquieux ce langage? Dépassé, ringard, nullement branché? Pas du tout, puisque l’une des plus grandes universités des Etats-Unis (pays, par excellence de l’informel, du relax, du nature), la John Hopkins University, vient d’organiser un «séminaire de la civilité et des bonnes manières». Cette même université s’apprête à programmer des cours de savoir-vivre et a effectué des recherches sur la façon de se conduire dans les écoles. Une autre université, celle de Pennsylvanie, a formé une commission de 48 professeurs chargés d’effectuer une étude (qui prendrait trois à cinq années...