Crises asiatique et russe, panique des «hedge funds» (fonds spéculatifs), premiers signes d’essoufflement de l’économie américaine... alors que l’euro s’apprête à menacer la suprématie mondiale du dollar, le billet vert a terminé l’année, épuisé, dans un contexte financier déstabilisé par le ralentissement mondial. Protégées par la perspective d’une monnaie unique, les devises de la zone euro ont en revanche pu faire leur dernier tour de piste sur le marché des changes européen à l’abri des remous internationaux, et n’ont que légèrement varié les unes par rapport aux autres. Les premières turbulences en Russie et la tourmente financière en Asie avaient pourtant commencé par favoriser le billet vert, le dollar ayant atteint à la mi-août son plus haut niveau depuis huit ans face à la devise japonaise à 147,14 yens. Il n’a néanmoins pas fallu beaucoup de temps pour que la contagion gagne les marchés d’Amérique latine puis du Nord. En deux mois à peine, victime d’un mouvement de panique des fonds spéculatifs, le dollar a chuté de son zénith pour atteindre son plus bas niveau de l’année face au yen jusqu’à 111,73 le 8 octobre. Le billet vert a également touché le fond ce jour-là face au deutsche mark, à 1,6089 DM. «La volatilité sur la parité dollar/yen a atteint des niveaux jamais vus depuis l’effondrement de l’accord de Bretton Woods en 1971 et la première crise pétrolière deux ans après», soulignent les analystes de Deutsche Bank à Londres. «Ce qui a surpris les opérateurs c’est l’ampleur du ralentissement de l’économie mondiale et l’effondrement correspondant des cours des matières premières», note Peter von Maydell, chef-stratégiste chez Crédit Suisse First Boston (CSFB), à Londres. Dans ce contexte les devises des pays exportateurs de matières premières telles que la couronne norvégienne, les dollars canadien et australien et le rand sud africain, ont toutes beaucoup souffert. Le billet vert n’a pas été aidé non plus par le vote de la chambre des représentants en faveur d’une destitution du président américain Bill Clinton dans l’affaire lors des frappes américano-britanniques sur l’Irak. Sonné, le dollar n’est pas parvenu à refaire surface face à la monnaie japonaise, perdant 11 % de sa valeur en douze mois pour terminer l’année à 116,83 yens avant Noël alors qu’il l’avait débutée à 131,79 yens. Pourtant, l’économie nipponne, toujours enlisée dans la pire crise qu’elle ait connue depuis la seconde guerre mondiale, s’apprête à connaître sa troisième année consécutive de récession, insensible aux plans de relance du gouvernement de Keizo Obuchi, le nouveau Premier ministre nippon. «Le yen s’apprécie souvent quand l’économie globale s’effondre parce que les prix des matières premières chutent» en faveur du Japon, importateur net de matières premières, indique toutefois Peter von Maydell. Quelques jours avant le lancement de la monnaie unique européenne le deutsche mark, pour sa part, terminait l’année brillamment à 1,6744 DM pour un dollar, alors qu’il l’avait commencée à 1,8024 DM. «L’existence de l’euro n’a jamais été mise en doute cette année, ni l’année précédente d’ailleurs», remarque l’analyste londonien. Les analystes de la City étaient toutefois divisés sur les perspectives d’évolution du dollar face à l’euro. Pour les experts de Merrill Lynch, si l’euro pourrait briller à ses tous débuts, le différentiel de taux entre les États-Unis (actuellement à 4,75 %) et la zone euro (3 % en moyenne) devrait toutefois favoriser le dollar sur le long terme.
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