Les grands groupes français vont, pour la plupart, prendre leur temps pour basculer l’ensemble de leur comptabilité dans la monnaie européenne, même s’ils présenteront généralement dès 1999 leurs comptes de l’exercice écoulé avec un «double étiquetage» franc/euro, selon une enquête réalisée par l’AFP. Si beaucoup de holdings (Michelin, Rhône-Poulenc, Pechiney, Air Liquide, Eridania Béghin-Say, Technip, Cap Gemini, Sanofi, etc.) vont adopter la nouvelle monnaie officielle dès 1999, il n’en sera pas de même pour la comptabilité de leurs filiales. «On n’a pas voulu d’un big bang», explique Josy Cerny, chargée de l’euro à la direction financière de Schneider, qui consacre un budget de 10 millions d’euros (65 MF) à cet événement. Le groupe d’électricité, qui teste son basculement sur deux filiales-pilotes, en France et en Belgique, a choisi de mettre l’année 1999 à profit pour passer au tout euro en l’an 2000. Convertir tout en euro «C’est vrai, concède Mme Cerny, que l’opération n’a rien de techniquement difficile. Ce ne sont que des conversions. Mais il faut les faire à des milliers d’endroits dans l’entreprise et ne pas en rater un seul. On n’appuie pas sur un bouton une fois pour toutes». Chaque entreprise doit notamment convertir en euros tous ses stocks, ses factures, ses devis, mais aussi l’ensemble de ses prix. À titre d’exemple, Schneider compte 250 000 références. Chez PSA (Peugeot-Citroën), la comptabilité-fournisseurs traite en moyenne 12 000 factures par jour. Il y aura quand même des groupes plus rapides que d’autres. Alcatel assure que la conversion de sa comptabilité aura lieu dès 1999. Sodexho (restauration collective) et le groupe de villages de vacances Club Méditerranée s’y mettront respectivement en septembre et en novembre prochains, à l’occasion du début de leurs nouveaux exercices annuels. Dans les banques, la BNP, Paribas et le Crédit Lyonnais annoncent qu’elles passeront leur comptabilité en euros dès le 4 janvier. En revanche, la Société Générale, le CCF et le Crédit Agricole attendront 2002. Certains groupes préfèrent laisser passer le cap de l’an 2000, avec le cortège d’ennuis que pourrait entraîner le fameux bogue informatique, pour faire le grand pas. C’est notamment le cas de Danone. Prudent également, STMicroelectronics dit qu’il y a «deux tiers de chances» que cela se fasse le 1er janvier 2000. «Pas question en tout cas d’une période de transition ou de double comptabilité : nos comptes basculeront intégralement en euros à la date indiquée», assure-t-on au siège de l’électronicien franco-italien. Et il y a tous ceux qui ne veulent pas se presser : France Télécom basculera en l’an 2000, comme le groupe hôtelier Accor qui compte aboutir dans le courant de la même année. Thomson-CSF, champion européen de l’électronique de défense, attendra 2001, «un an avant la date fatidique» et prévoit une «migration progressive plutôt qu’un changement brutal, dans un souci d’efficacité au moindre coût». Chez Michelin, tout comme chez l’équipementier automobile Valéo ou encore le groupe Lagardère (défense, automobile, médias), le changement se fera aussi par étapes, qui peuvent s’étaler jusqu’à 2002. Renault a choisi d’attendre tout simplement 2002. En revanche, l’euro sera l’invité-vedette lors de la présentation des résultats de 1998 de toutes les sociétés. C’est d’ailleurs une demande expresse de la COB, le gendarme de la bourse. Le franc ne disparaîtra pas pour autant. La plupart du temps, les comptes seront présentés en devise nationale, avec tantôt une colonne en euros, tantôt des encadrés convertissant les seuls chiffres-clés en monnaie européenne. Une chose est sûre : les logiciels de conversion, qui se multiplient, vont tourner à fond.
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