Le ralentissement de la croissance, le risque de déflation et d’un euro trop fort vont amener la Banque centrale européenne à conduire une politique accommodante aux premiers mois de l’euro, malgré les propos fermes tenus mardi par son président, estiment de nombreux économistes. La BCE, qui va présider aux destinées de l’euro dès le 1er janvier 1999, a fixé mardi à 3 % son taux principal directeur, le taux de refinancement. Les Banques centrales nationales à l’exception de l’Italie lui avaient facilité la tâche en abaissant leur taux d’intervention à ce niveau début décembre. Le président de la BCE Wim Duisenberg a fait clairement comprendre qu’il entendait maintenir dans l’immédiat ce taux. «La BCE ne veut pas donner de signal d’une nouvelle baisse des taux dans un futur proche», a-t-il dit. Il n’empêche que de nombreux économistes estiment probable une baisse d’un quart de point du loyer de l’argent au premier trimestre de 1999 et certains n’excluent pas un deuxième geste le trimestre suivant, pour voler au secours d’une croissance européenne essoufflée. L’euro voit le jour dans un contexte délicat où la crise financière internationale pénalise l’Europe. «Nous aurions été heureux si le contexte international était plus calme», admet M. Duisenberg. Le ralentissement économique est net dans les trois pays qui forment les 75 % du Produit intérieur brut de la zone euro : en France, les industriels prévoient une décélération de leur activité, en Allemagne l’institut de conjoncture IFO prévoit une croissance de seulement 1,7 % en 1999, et en Italie l’OCDE évalue la progression du PIB à 1,5 %. Dans ce contexte, «la BCE va probablement abaisser d’un quart de point son taux directeur en février 1999, avant de le réduire d’autant au deuxième trimestre», estime Patrick Mange, économiste à la Deutsche Bank. Ces gestes sont «nécessaires pour permettre un rebond de l’activité au second semestre», selon lui. Par ailleurs, souligne cet économiste, un processus déflationniste guette la zone euro : une croissance modérée conjuguée à une baisse des prix crée une «situation dangereuse». Les prix ont baissé de 0,1 % en France de septembre à novembre. Ils ont aussi reculé de 0,1 % en décembre dans trois États régionaux de l’ouest de l’Allemagne. Par une détente des taux, la BCE va aussi éviter une appréciation excessive de l’euro, qui risque d’être victime de son propre succès : attirant les capitaux et supplantant en partie le dollar comme monnaie de réserve, l’euro pourrait se trouver surévalué par rapport au billet vert, ce qui nuirait aux exportations européennes.
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