Les signes d’essoufflement de l’activité économique se multiplient aux États-Unis depuis le début de l’automne comme en témoigne la baisse de la production industrielle et des mises en chantiers de logements en novembre. En outre ce tassement de l’expansion, dû surtout à l’impact de la crise asiatique, intervient dans un contexte d’inflation très modérée, ce qui pourrait conduire la Réserve fédérale à réduire pour la quatrième fois depuis le 29 septembre ses taux directeurs lors de son prochain comité monétaire le 22 décembre, selon des analystes. Les prix à la consommation ont augmenté de 0,2 % en novembre par rapport à octobre soit une hausse de 1,5 % en glissement annuel, contre 1,8 % en glissement annuel en novembre 1997. La production industrielle a reculé de 0,3 % en novembre par rapport à octobre et le taux d’utilisation des capacités industrielles est retombé à 80,6 % contre 81,2 % en octobre, a annoncé mercredi la Réserve fédérale. Il s’agit du taux le plus bas depuis août 1993. Autres signes d’essoufflement de l’activité, les entreprises américaines procèdent depuis le début de l’année à des suppressions d’emplois en série dans un effort de réduction de leurs coûts d’exploitation. Selon le cabinet Challenger, Gray and Christmas, 574 629 Américains ont perdu leur emploi pendant les onze premiers mois de cette année, soit 32 % de plus que sur la même période en 1997. «Beaucoup de licenciements sont à venir avec le ralentissement de la croissance économique», assure ainsi Ken West, un analyste de cette firme d’étude. Parmi les plus importantes vagues de licenciements, on relève le groupe papetier International Paper qui annoncé 1 500 suppressions d’emplois en octobre, la banque d’affaires Merrill Lynch, 3 400 emplois et Gillette avec 4 700 postes supprimés ou 11 % de ses effectifs. Boeing, le premier avionneur mondial et principal exportateur américain avait annoncé début décembre 48 000 suppressions d’emplois sur les deux prochaines années. Boeing avait fortement augmenté ses effectifs en 1997 pour faire face à une explosion des commandes. Mais la crise asiatique, qui a débuté en juillet 1997, a très rapidement conduit les compagnies aériennes de la région à retarder les livraisons d’appareil ou à annuler des commandes, a expliqué Boeing. La crise asiatique a également contribué à l’effondrement des cours des matières premières, surtout le pétrole, tombés au plus bas depuis 1986. Une situation qui force les grandes compagnies pétrolières à tailler dans leurs effectifs et dans leurs investissements et conduit des économistes à évoquer des dangers déflationnistes. Chevron, le troisième groupe pétrolier aux États-Unis a été le dernier à annoncer mardi un millier de suppressions d’emplois et une réduction de 8 % de ses dépenses d’exploration et de production en 1999. Texaco, un autre grand groupe pétrolier américain avait annoncé 2 000 licenciements quelques semaines auparavant de manière à réduire ses coûts d’exploitation de 400 millions de dollars, et la fusion entre Exxon et Mobil va déboucher sur au moins 9 000 pertes d’emplois. Nombre de conjoncturistes, sans prédire pour autant une récession en 1999, prévoient une nette baisse de régime de la croissance qui pourrait ainsi plafonner à 2 % en rythme annuel. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 3,9 % en rythme annuel au 3e trimestre 1998, selon la dernière estimation devant encore faire l’objet d’une révision.
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