Qu’il tourne à l’hôtel expérimental ou à la cave à champignons, l’abri antiatomique du gouvernement allemand est quasiment certain de finir sa carrière dans un rôle plus exotique que prévu. Depuis bientôt six mois, le gouvernement cherche un acquéreur pour l’immense bunker souterrain, niché dans un coin de l’Eifel à une vingtaine de kilomètres de Bonn. Une petite annonce avait été passée le 12 juin dans quatre journaux nationaux. «Le gouvernement allemand vend l’ancien abri de protection de l’organe constitutionnel fédéral», pouvait-on alors lire aux pages «terrains industriels». Car le gouvernement, fin de la Guerre froide et déménagement à Berlin aidant, avait pris la décision le 9 décembre 1998 de se débarrasser du coûteux bâtiment. Une plaquette a été publiée, dévoilant les secrets du bunker construit entre 1960 et 1972 dans un ancien tunnel de chemin de fer souterrain, commencé avant la Première Guerre mondiale et jamais terminé. Les acheteurs y trouvaient la description des 83 000 mètres carrés de l’abri, de ses 897 bureaux et salles de conférences, des cinq réfectoires pour 600 personnes chacun et des 936 chambres ou dortoirs. «L’installation est spartiate. L’abri et le mobilier sont modestes et simples, les hauts représentants eux-mêmes ne disposent que de lits de camp», avertit toutefois l’administration des biens nationaux chargée de la vente. Les détracteurs du bunker ont d’ailleurs fait des gorges chaudes de cette austérité. Un chargé de mission des Verts, Manfred Such, a relevé que l’abri n’avait même pas le niveau d’une auberge de jeunesse. Musée ou… crématorium Le gouvernement souhaite d’autant plus se débarrasser de l’abri, qu’il coûte cher à l’État — 1,6 million de marks (900 000 dollars) par an d’entretien et de frais courants — et que sa rénovation se traduirait par une facture de 93 millions de marks (50 millions de dollars) et dix années de travaux. Depuis juin, l’administration des biens fédéraux a reçu une centaine de demandes de renseignements et a emmené 40 personnes visiter les 19 kilomètres de couloirs de l’abri. «Finalement, nous disposons de 16 offres», indiquait début décembre l’un des responsables financiers de l’administration, Joachim Schraeder. Les acheteurs potentiels sont des particuliers, des hommes d’affaires ou des entreprises, ajoute M. Schraeder, qui préfère ne révéler aucun nom pour le moment. Leurs projets vont du laboratoire scientifique à l’hôtel-restaurant pour émotions fortes en passant par le classique musée. Des idées plus curieuses ont été lancées au début, comme celle de transformer l’abri en crématorium, «mais les contacts ont été perdus», explique le responsable. Les projets seront jugés sur plusieurs critères, notamment «les références et le potentiel des offrants», leur solidité financière ou leurs chances de mener à terme le projet, selon M. Schraeder. «La question du prix viendra en tout dernier», assurait-il. L’État, en effet, n’a fixé aucune valeur pour le bâtiment, laissant les acheteurs lui communiquer leurs offres. Chaque projet sera passé au crible et des entretiens menés par l’administration avec chacun des éventuels acheteurs avant de déterminer qui est l’heureux vainqueur. Pour ceux que le projet intéresserait encore, l’État a reporté la date limite de candidature initialement fixée au 15 décembre. «Nous examinerons encore les offres qui nous parviendront jusqu’à la mi-février», assure M. Schraeder.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Qu’il tourne à l’hôtel expérimental ou à la cave à champignons, l’abri antiatomique du gouvernement allemand est quasiment certain de finir sa carrière dans un rôle plus exotique que prévu. Depuis bientôt six mois, le gouvernement cherche un acquéreur pour l’immense bunker souterrain, niché dans un coin de l’Eifel à une vingtaine de kilomètres de Bonn. Une petite annonce avait été passée le 12 juin dans quatre journaux nationaux. «Le gouvernement allemand vend l’ancien abri de protection de l’organe constitutionnel fédéral», pouvait-on alors lire aux pages «terrains industriels». Car le gouvernement, fin de la Guerre froide et déménagement à Berlin aidant, avait pris la décision le 9 décembre 1998 de se débarrasser du coûteux bâtiment. Une plaquette a été publiée, dévoilant les secrets du...