À l’instar des «alicaments», nourritures censées apporter du bien-être au corps, les textiles «bioactifs», conçus pour protéger la peau contre microbes et mauvaises odeurs, profitent de la vogue hygiénique pour s’imposer auprès du consommateur. Un temps restés dans les tiroirs par peur de l’échec commercial, tissus antibactériens et antiacariens déferlent dans le linge de maison et principalement dans la literie. «Il y a sept ou huit ans, personne n’en voulait. Aujourd’hui, les couettes et oreillers de santé représentent 7% des ventes en France. Le marché a doublé en un an pour représenter la moitié du chiffre d’affaires européen», se félicite Hugues-Arnaud Mayer, patron d’Abeil, leader européen de ce secteur. L’agent biocide, utilisé pour tuer les microbes ou les acariens, est soit déposé sur l’étoffe, soit directement introduit dans la fibre ou encore enfermé dans des microcapsules réparties ensuite sur le tissu. Le surcoût de ce traitement atteint entre 10 et 40% du prix de l’article. Les hôpitaux sont les premiers intéressés par ces nouvelles matières, susceptibles «de réduire de moitié les risques infectieux postopératoires», a assuré le Pr Jean Cotte, du centre européen de dermocosmétologie, en ouvrant jeudi à Paris les deuxièmes rencontres Science-Industrie sur les nouveaux textiles fonctionnels. Récemment, a raconté M. Mayer, un prince héritier d’Arabie séoudite a exigé d’être opéré avec une literie antimicrobienne. Au-delà des collectivités, ces tissus ont envahi les sous-vêtements. Ils font un malheur avec les bas, les chaussettes, les petites culottes et même les pelotes de laine. Inocuité, biodégradabilité et durabilité La société Francital (vêtements de sport) a prêté une tenue antibactérienne à un couple de sportifs qui l’a portée sans la changer pendant 40 jours lors d’une expédition polaire. En s’attaquant aux colonies de bactéries, le fabricant résoud en même temps le délicat problème des mauvaises odeurs. Mais il a du pain sur la planche. L’homme compte en moyenne sur sa peau et ses muqueuses quelque 10 000 milliards de bactéries, et pas des moindres: 25% des humains ont du staphylocoque doré dans les narines ! Pas question pour autant de tout supprimer, en cassant l’équilibre physico-chimique si fragile de la peau. Dans ces milliards de germes, beaucoup sont non pathogènes et servent à la peau de barrière contre l’invasion des micro-organismes nocifs. «Le choix du biocide idéal doit prendre en compte son inocuité pour la peau, sa biodégradabilité et sa durabilité. Il ne doit pas partir au premier lavage», a conseillé Michel Bourgeois, de l’institut textile de France. Cela pose le délicat problème de la normalisation et de la sécurité. «Actuellement, on vend un peu ces produits à l’arraché», a constaté Sandrine Lhairaud, chef de produits chez Carrefour. «Or on n’imposera réellement un besoin de produits bioactifs que si l’on est capable de développer des labels clairs auprès du grand public». Clayeux, qui vient de lancer une layette antibactérienne, a d’ailleurs été mis en garde jeudi par le Pr Jean Freney, microbiologiste à l’hôpital Édouard-Herriot, à Lyon. «La peau d’un nourrisson est très perméable, a-t-il rappelé. Un jour, une infirmière a mis à un bébé une couche imprégnée d’alcool. Peu de temps après, l’enfant avait un taux d’alcoolémie de 1,82 gramme, plus que le chauffeur de Lady Di !».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À l’instar des «alicaments», nourritures censées apporter du bien-être au corps, les textiles «bioactifs», conçus pour protéger la peau contre microbes et mauvaises odeurs, profitent de la vogue hygiénique pour s’imposer auprès du consommateur. Un temps restés dans les tiroirs par peur de l’échec commercial, tissus antibactériens et antiacariens déferlent dans le linge de maison et principalement dans la literie. «Il y a sept ou huit ans, personne n’en voulait. Aujourd’hui, les couettes et oreillers de santé représentent 7% des ventes en France. Le marché a doublé en un an pour représenter la moitié du chiffre d’affaires européen», se félicite Hugues-Arnaud Mayer, patron d’Abeil, leader européen de ce secteur. L’agent biocide, utilisé pour tuer les microbes ou les acariens, est soit déposé sur...