«(...) La déclaration des droits doit définir la nature et l’essence de l’homme. Elle reflétera ce que nous considérons comme étant la nature humaine. Elle sera essentiellement la réponse à la question: qu’est-ce que l’homme? Elle sera la réponse des Nations unies à cette question (...)». Affirmant cela devant le Conseil économique et social de l’Onu, lors de la discussion plénière du rapport élaboré par sa Commission des droits de l’homme, Charles Malek (1906-1987), d’emblée et délibérément, plaçait la barre très haut. Mais l’enjeu était fondamental, l’occasion historique, la conjoncture propice. Au sortir du conflit mondial et alors que se profilait à l’horizon la guerre froide, il fallait doter l’humanité d’un texte idéal qui lui servirait de référence ultime, de raison d’espérer ou d’argument suprême pour lutter. Un des plus jeunes des dix-huit membres de la Commission, certainement un des plus diplômés et des plus brillants, Charles Malek, docteur en philosophie de l’université de Harvard, allait déployer une énergie de tous les instants, un idéalisme dynamique, une richesse théorique et une audace créative, auxquels ses collègues se seraient difficilement attendus de la part du représentant d’un petit pays qui venait à peine d’accéder à l’indépendance. Les hasards des présidences tournantes et des élections internes aux organes de l’Onu, ainsi que le zèle qui l’animait ont abouti à ce que dans la dernière phase de la préparation du texte, vers le mois de décembre 1948, Malek se soit retrouvé au cœur même du laboratoire de confection de cette règle morale internationale majeure, et aucun mot de cette déclaration en sept considérants et trente articles qui n’ait été étudié, analysé et soupesé par le philosophe libanais. Malek a joué un rôle pionnier dans différents domaines de l’Onu. Pour synthétiser ses diverses contributions à l’organisation mondiale, je citerai les propositions suivantes : 1. Sa dynamique participation donc à la rédaction de la Déclaration universelle des droits dans un sens particulièrement libéral, théorique et personnaliste. 2. Sa suggestion inspirée, pleine d’originalité audacieuse, pour le recensement, la traduction et la diffusion des classiques de l’humanité, proposition adoptée avec enthousiasme et transmise à l’Unesco pour exécution. 3. La proposition dont il a été l’auteur et qui a constitué la première résolution onusienne historique en faveur de l’engagement de l’Onu dans l’aide humaine, financière et technique au développement des pays les plus pauvres. 4. La création de la Commission économique et sociale de l’Asie de l’Ouest (Escwa) et accessoirement, sa domiciliation à Beyrouth. Pour nous, nous sommes sûrs que l’un des deux rameaux d’oliviers tutélaires que l’on voit sur le drapeau bleu de l’Onu, embrassant la carte sphérique du monde, le plaçant sous l’invocation pacifique, provient du Koura de Charles Malek. La communauté internationale ne s’y est pas trompée : à l’annonce de son décès, le 28 décembre 1987, les drapeaux des cent cinquante-neuf membres de l’Onu furent mis en berne pour vingt-quatre heures. * Raja Choueiri est l’auteur d’un récent ouvrage «Charles Malek, discours, droits de l’homme et Onu», paru aux éditions Felix Beryte. Il est diplômé en histoire et en sciences humaine
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