Ancien officier putschiste, appuyé par la gauche et critique du «néolibéralisme sauvage» mais surtout pourfendeur de la «pourriture» du système, le président élu du Venezuela, Hugo Chavez, volontiers messianique, aime à se présenter comme futur artisan de la «résurrection du Venezuela». En manches de chemises et coiffé du béret rouge de son ancien corps de parachutistes, Chavez s’enflamme devant les dizaines de milliers de ses partisans pour dénoncer les politiciens «corrompus» qu’il met tous dans un même «sac puant, malodorant et nauséabond». De forte carrure, il devient prophète quand il annonce qu’il conduira «le fleuve des patriotes vers la mer» et la «résurrection», «la fin de l’obscurité et le commencement de la lumière», tandis que ses troupes le saluent du nom de «comandante». Cependant, en complet et cravate il raisonne, expose sereinement ses arguments devant les patrons, les évêques ou les diplomates, promettant de garantir les investissements étrangers, écartant toute «tentation totalitaire», alors que ses adversaires lui prêtent l’intention d’instaurer un régime dictatorial. Lors de son premier message comme président élu, il a demandé aux investisseurs d’avoir confiance et a également affirmé souhaiter une «opposition rationnelle» de la part de partis «légitimes et démocratiques» débarrassés de leurs directions «véreuses». Fils d’un couple de modestes instituteurs, descendants d’Indiens et d’Espagnols, Chavez est né le 28 juillet 1954 dans la petite ville de Sabaneta, à 420 km au sud-est de Caracas. Amateur de base-ball, un temps enfant de chœur, il affirme avoir mûri à l’académie militaire où il entra en 1971 puis au sein de l’armée où il eut son ambition de changer le destin de son pays. Dès 1982, le jeune officier crée un Mouvement bolivarien révolutionnaire (MBR) empruntant le nom du libertador et héros de l’indépendance Simon Bolivar, dont il se veut le continuateur. Lieutenant-colonel, il dirige une rébellion militaire contre le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez le 4 février 1992. Nous avons échoué «pour l’instant», lancera-t-il une fois le soulèvement maté par ses pairs. Il était devenu un héros aux yeux du peuple et ce «pour l’instant», comme il l’explique aujourd’hui, annonçait la poursuite de son ambition par une autre voie, celle des urnes. Après deux ans et demi de prison, il sera libéré et mis à la retraite par le président Rafael Caldera. Dès lors «soldat de la paix», il entame un long et patient travail politique dans les quartiers et les villages. Le MBR prend le nom Mouvement 5e république (MVR). Son discours contre la corruption des dirigeants des partis social-démocrate Action démocratique (AD) et démocrate-chrétien COPEI, aux affaires depuis 40 ans, fait rapidement des adeptes dans un pays aux immenses richesses où le nombre des pauvres est passé de 72 à 80% de la population en 12 ans. Sa proposition «d’épurer» la classe politique et le pouvoir judiciaire et de «refonder la république» en convoquant une assemblée constituante inquiète les partis qui l’accusent de vouloir en finir avec la démocratie.
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