Le meurtre de l’influente député libérale Galina Starovoïtova, réputée pour son intégrité sans faille, a provoqué un séisme politique et moral en Russie et relancé les débats sur la démocratie menacée par la criminalité. «Une étape a été franchie dans la confrontation politique. Jamais auparavant une politicienne d’une telle envergure nationale n’avait été assassinée, pour moi ce n’est qu’un début», a déclaré le réformateur Grigori Iavlinski au quotidien allemand Tagesspiegel. L’annonce de la mort de Galina Starovoïtova, qui avait constitué une large coalition politique libérale en vue des élections à l’assemblée locale de Saint-Pétersbourg prévues pour le 6 décembre prochain, a fait l’effet d’une véritable douche froide tant dans la classe politique que dans la rue. «Avant elle, des députés sont morts, mais la plupart en raison de leurs liens avec les milieux d’affaires. Ce n’est pas le cas de Starovoïtova. Ce qui veut dire que le terrorisme devient maintenant la façon de régler les disputes politiques», explique l’analyste Andreï Piontkovski de l’Institut d’études stratégiques. «Maintenant les gens vont avoir peur de dire ce qu’ils pensent, comme elle l’a toujours fait. Son assassinat marque le début d’une période noire», prédit également M. Piontkovski. Connue pour avoir lutté de longue date en faveur de la liberté et la démocratie et pour n’avoir pas eu de liens avec les milieux criminels dans un monde réputé corrompu, Mme Starovoïtova, 52 ans, a toujours critiqué haut et fort les communistes et nationalistes — majoritaires à la Douma (Chambre basse du Parlement). À la télévision et à la radio qui ont ouvert tous les journaux sur l’événement, les libéraux et réformateurs qui se sont succédé depuis vendredi ont dénoncé «la terreur politique» n’hésitant pas à accuser, à mots plus ou moins couverts «les rouges et les bruns qui haïssaient» Mme Starovoïtova d’être liés à son assassinat. Et nombreux sont ceux qui craignent que la campagne électorale pour les législatives de décembre 1999 ne soit à l’image de celle menée actuellement à Saint-Pétersbourg, «criminalisée, corrompue, pourrie», comme l’affirme la classe politique. «Les criminels essaient de faire leur entrée en scène au bon moment avant les élections législatives en 1999 et présidentielle en 2000», selon M. Iavlinski. Si les forces démocratiques et réformatrices de Russie ne s’unissent pas avant le printemps prochain, «le monde criminel et les nazis pourront arriver légitimement au pouvoir», a pour sa part averti l’ancien vice-Premier ministre réformateur Boris Nemtsov à la radio Echo de Moscou. Depuis l’annonce de son décès d’une rafale de pistolet-mitrailleur sur le palier de son appartement à Saint-Pétersbourg, des dizaines de Pétersbourgeois se sont rendus près de sa maison pour y déposer des fleurs, une bougie ou simplement pour se recueillir. Émus, et parfois en pleurs, ils n’ont qu’une seule phrase à la bouche: «Cet assassinat est le signal que les forces antidémocratiques s’agitent». Même si pour l’instant, les autorités affirment n’avoir pas d’éléments permettant de conclure au crime politique. «Jamais les gens ne se sont autant appelés pour s’annoncer la nouvelle de la mort d’une personnalité. Dès qu’on rencontre quelqu’un, on parle de cela, avec tous le même sentiment: le spectacle de la démocratie russe est fini», raconte Lisa, universitaire moscovite. Galina Starovoïtova doit être enterrée mardi au cimetière de la localité de Gorelovo (banlieue pétersbourgeoise). Auparavant une cérémonie d’adieu aura lieu à Saint-Pétersbourg.
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