La Chine perd en Pol Pot un allié qu’elle a utilisé et soutenu militairement pour saigner à blanc le Vietnam pendant 13 ans, avant de prendre ses distances avec ce dictateur sanguinaire devenu gênant une fois les relations normalisées avec Hanoi. Malgré les efforts déployés au cours des dernières années par la Chine pour couper le cordon ombilical avec Pol Pot, elle restera dans l’histoire comme la complice d’un régime de terreur qui a fait un, peut-être deux millions de victimes dans les «champs de la mort». Lorsque Pol Pot et ses Khmers rouges, formés à la guérilla maoïste, prennent le pouvoir à Phnom Penh le 17 avril 1975, la Chine de Mao Tsétoung voit enfin une occasion de prendre pied en ex-Indochine et d’empêcher que cette région ne devienne la sphère d’influence d’un Vietnam bientôt réunifié et allié de l’URSS. Le régime maoïste, qui vit ses derniers mois, accueille la victoire des communistes vietnamiens sur les Américains le 30 avril comme une menace potentielle sur le flanc sud de la Chine, déjà sous la pression de l’armée soviétique au Nord. Pékin choisit de soutenir aveuglément les vainqueurs de Phnom Penh. Et pendant trois ans et 8 mois, les Chinois, qui sont les rares étrangers à conserver une ambassade dans la capitale cambodgienne, vont fermer les yeux sur les crimes des Khmers rouges et continuer à les approvisionner en armes et en nourriture. Le 7 janvier 1979, le régime de Pol Pot est renversé par l’armée vietnamienne, qui met à sa place un gouvernement cambodgien allié de Hanoi. Les principaux dirigeants khmers rouges, ainsi que le prince Norodom Sihanouk, se réfugient en Chine. Le monde entier découvre avec effroi le génocide du peuple cambodgien. Lourdes pertes chinoises Deng Xiaoping, qui est alors au sommet du pouvoir à Pékin, ne peut tolérer cet affront et décide de donner une leçon aux Vietnamiens. En février, il lance son armée mal aguerrie sur le Nord du Vietnam: un mois plus tard, les Chinois se retirent, après avoir subi de lourdes pertes. Pol Pot retourne alors dans les maquis du Cambodge pour poursuivre la guérilla contre le régime pro-vietnamien de Phnom Penh, avec le soutien actif de la Chine mais aussi de la Thaïlande, qui s’inquiète de l’influence grandissante du Vietnam en Indochine. Pendant plus de dix ans, le régime chinois va acheminer des cargaisons d’armes à ses alliés khmers rouges, via le territoire thaïlandais, afin de forcer le Vietnam, ruiné par sa guerre contre les Américains, à entretenir un contingent au Cambodge. Mais à la fin des années 80, la Chine doit se résoudre à l’évidence. Les Khmers rouges sont devenus des alliés encombrants, haïs par la communauté internationale, qui veut même les traduire devant un tribunal pour crimes contre l’humanité. Le Vietnam a retiré la quasi-totalité de ses troupes du Cambodge et Pékin n’a plus vraiment d’arguments pour s’opposer à des négociations de paix avec le régime de Phnom Penh. La Chine «lâche» alors le mouvement de Pol Pot et joue la carte Sihanouk, en espérant obtenir son retour au pouvoir. En 1991, les accords de paix sont signés à Paris et la Chine normalise ses relations avec le Vietnam. Mais la paix est de courte durée et les Khmers rouges reprennent les armes. En novembre 1990, Pékin s’était engagé à interrompre toute aide militaire à ses anciens alliés, mais selon des services de renseignement occidentaux, des armes chinoises ont continué à être acheminées à la guérilla khmère rouge pendant encore plusieurs années. Malgré le «lâchage» diplomatique des Khmers rouges, les autorités chinoises n’ont jamais accepté de reconnaître les crimes de Pol Pot et se sont toujours opposées à sa traduction devant un tribunal international. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Chine perd en Pol Pot un allié qu’elle a utilisé et soutenu militairement pour saigner à blanc le Vietnam pendant 13 ans, avant de prendre ses distances avec ce dictateur sanguinaire devenu gênant une fois les relations normalisées avec Hanoi. Malgré les efforts déployés au cours des dernières années par la Chine pour couper le cordon ombilical avec Pol Pot, elle restera dans l’histoire comme la complice d’un régime de terreur qui a fait un, peut-être deux millions de victimes dans les «champs de la mort». Lorsque Pol Pot et ses Khmers rouges, formés à la guérilla maoïste, prennent le pouvoir à Phnom Penh le 17 avril 1975, la Chine de Mao Tsétoung voit enfin une occasion de prendre pied en ex-Indochine et d’empêcher que cette région ne devienne la sphère d’influence d’un Vietnam bientôt réunifié...