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Actualités - Chronologie

Encensés, traqués, oubliés

Contre l’oubli, une exposition du Museum du cinéma allemand ressuscite le destin de comédiens allemands vedettes des années 20 et 30, fauchés dans l’indifférence par la machine nazie parce qu’ils étaient juifs, communistes ou fans de swing. «Encensés, traqués, oublié»: l’exposition de Francfort (centre-ouest de l’Allemagne) retrace jusqu’à fin avril les vies d’acteurs dont l’issue fut la chambre à gaz, l’exécution ou le suicide, entre 1933 et 1945, tels que Paul Morgan, Hans Otto, Kurt Gerron, Fritz Gruenbaum, Robert Dorsay, Joachim Gottschalk et Otto Wallburg. En filigrane, elle rappelle les parcours d’une quarantaine d’autres artistes au destin similaire. Photos, affichettes, correspondance depuis les camps, extraits de films, de journaux intimes ou d’archives, le tout est rassemblé avec pudeur dans une seule pièce aux murs blancs. Combien reconnaîtront l’acteur joufflu Kurt Gerron dans le magicien de «L’Ange bleu» avec Marlene Dietrich? Devenu réalisateur, il laissa un chef-d’œuvre sur la vie du camp de concentration de Terezin: le ghetto des artistes indésirables au nord de Prague, haut lieu d’inspiration musicale, où concerts et opéras furent organisés. Gerron y avait fondé le cabaret «Karussel». L’ordre de tourner «un documentaire» sur Terezin donna naissance à une merveille de cynisme, «Le Fuehrer offre une ville aux juifs». L’épreuve terminée, Gerron atterrit à Auschwitz et périt en novembre 1944, un mois après Otto Wallburg, membre de la troupe berlinoise de Max Reinhardt, et ramené de son exil néerlandais aux barbelés du camp. Pour le comédien autrichien Paul Morgan (Morgenstern), la vie s’arrêta en 1938 au camp de concentration à Buchenwald. Star des salons berlinois de l’entre-deux guerres et ami personnel du ministre pacifiste des Affaires étrangères Gustav Stresemann, il avait tourné pour Fritz Lang, Ernst Lubitsch et aux côtés de Buster Keaton. Avec le décret de 1933 bannissant les juifs des métiers du spectacle, Morgan quitte la direction du célèbre «Cabaret des comiques» à Berlin, pour l’Autriche. Ses critiques répétées contre Hitler le mèneront à la mort, après dénonciation. Les nazis détestaient aussi les blagues anti-Fuehrer que Robert Dorsay contait au «Cabaret des comiques», ses fossettes narquoises et son satané swing. Dorsay le chanta et le dansa malgré l’interdit. Mais, il comparut finalement devant la justice nazie, qui le fit exécuter en 1943, à Berlin. Suicide en famille «Qui s’est inquiété de la disparition de ces comédiens, qui se souvient d’eux aujourd’hui?», interroge Ultich Liebe, historien berlinois auteur d’un livre sur ces vies piétinées, fruit de quatre ans de recherches et à l’origine de l’exposition. Le tort de Joachim Gottschalk fut sa femme, juive. «La contamination juive de Gottschalk est connue dans de vastes cercles de la population», écrivait en 1937 le chef de la propagande à Francfort, où le comédien aux grands yeux clairs et aux épais sourcils rencontrait un immense succès. Refusant de répudier son épouse, Gottschalk perdit son travail et fut banni des plateaux allemands. A l’automne 1941 il choisit le suicide, avec femme et enfant. Quant à l’autrichien Fritz Gruenbaum, poète et scénariste célèbre à vienne comme à Berlin, son ton jugé trop critique le mena au camp de concentration de Dachau. Tout comme les convictions communistes dHans Otto lui valurent de disparaître en 1933. Personne ne s’en est ému, souligne Ulrich Liebe, ni à l’époque, ni après la guerre. A l’image de l’exposition, sobre et sensible, son livre est un appel à la «nécessité de se souvenir», car «il n’y a pas d’annuaire des victimes du nazisme». (AFP)
Contre l’oubli, une exposition du Museum du cinéma allemand ressuscite le destin de comédiens allemands vedettes des années 20 et 30, fauchés dans l’indifférence par la machine nazie parce qu’ils étaient juifs, communistes ou fans de swing. «Encensés, traqués, oublié»: l’exposition de Francfort (centre-ouest de l’Allemagne) retrace jusqu’à fin avril les vies d’acteurs dont l’issue fut la chambre à gaz, l’exécution ou le suicide, entre 1933 et 1945, tels que Paul Morgan, Hans Otto, Kurt Gerron, Fritz Gruenbaum, Robert Dorsay, Joachim Gottschalk et Otto Wallburg. En filigrane, elle rappelle les parcours d’une quarantaine d’autres artistes au destin similaire. Photos, affichettes, correspondance depuis les camps, extraits de films, de journaux intimes ou d’archives, le tout est rassemblé avec pudeur...