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Actualités - Chronologie

Chirurgienne de statues

La tête à Londres, les pieds à Assouan, le torse dans un dépôt: découpées en morceaux, les statues pharaoniques souvent vouées au fil des siècles au sort d’Osiris ont trouvé leur Isis, une archéologue arménienne qui s’emploie à les reconstituer pour leur redonner vie. Le musée du Caire expose ce mois-ci une statue de Ramsès II, dont il croyait n’avoir que la tête. «J’ai découvert le torse dans les réserves», explique Hourig Sourouzian. «C’était l’un des premiers objets du musée (fondé au XIXe siècle par le Français Auguste Mariette), il n’était pas numéroté et sa provenance était inconnue. Mais il portait au dos deux colonnes d’inscriptions relatant la titulature du roi exactement dans la suite de celles gravées derrière la tête». Tout concordait: contenu du texte, gravure, facture de la sculpture. Il fallait encore vérifier le raccord sur pièces. En décembre, la direction du musée m’a téléphoné pour me dire que ça collait», se souvient-elle. «Quelle joie quand je l’ai vu assis sur son trône!». La statue, au style très soigné, date des débuts du règne du souverain (1298-1235 avant J.C) et utilise habilement une veine rouge dans la pierre pour la couronne qui le coiffe. Armée de centaines de fiches, croquis et photos, Hourig Sourouzian a surtout l’œil aux aguets. C’est parce qu’elle trouvait que deux des colosses de Memphis (sud du Caire) n’avaient «pas la tête de Ramès II» qu’elle a réussi à prouver qu’ils représentaient en réalité Sésostris 1er, les faisant vieillir de 700 ans supplémentaires. Travail de fourmi A la faveur de sa thèse d’Etat en Sorbonne (1995), Mme Sourouzian a rassemblé une imposante documentation sur quelque 500 statues royales de la XIXe dynastie (1314-1200 avant J.C) qui s’ouvre avec Ramsès I et s’achève avec la reine Taosret. «Sur ce total, 380 sont des statues originales et 120 environ ont été réinscrites» par des rois qu’elle se refuse à qualifier d’usurpateurs: «Ils possédaient toutes les carrières d’Egypte: pourquoi auraient-ils usurpé une statue? Ils la sauvaient de l’oubli par des donations d’offrandes pour en perpétuer le culte». Inscriptions, matériaux, style, icônographie, comparaison avec d’autres statues, tout lui sert pour raccorder des éléments épars, qu’elle travaille ensuite à rassembler en demandant leur concours aux directeurs de musées, quitte à recourir au moulage si la pièce est à l’étranger. Pour respecter sa règle – «plus d’un critère» de concordance – elle examine la façon dont une couronne dégage l’oreille, la longueur d’un pagne voire la rondeur d’un genou. Elle patiente plusieurs campagnes de fouilles pour reconstituer un «uraeus» (cobra représenté sur le front d’un souverain) ou rassembler des morceaux – parfois de seulement 3 centimètres – qui complèteront une tête trouvée au début du siècle par le Britannique Flinders Petrie. Elle va jusqu’à mesurer la distance séparant les anneaux qui strient une barbe sur un buste du British Museum, qu’elle destine à une statue du temple de Merenptah (le successeur de Ramsès II) à Thèbes (face à Louxor). Grâce à ce travail de fourmi, elle a déjà réussi à raccorder des bustes d’Aménophis III du British Museum à des groupes de statues dégagés au temple de Merenptah. Une tête de la déesse Mout retrouvée dans les réserves du musée du Caire vient d’être recollée dans le temple de Louxor. Un torse de Ramsès II exposé à Londres a des pieds dans l’île Eléphantine à Assouan. Un autre buste du même roi venu de Tanis a retrouvé ses jambes... dans le jardin du Musée du Caire. (AFP)
La tête à Londres, les pieds à Assouan, le torse dans un dépôt: découpées en morceaux, les statues pharaoniques souvent vouées au fil des siècles au sort d’Osiris ont trouvé leur Isis, une archéologue arménienne qui s’emploie à les reconstituer pour leur redonner vie. Le musée du Caire expose ce mois-ci une statue de Ramsès II, dont il croyait n’avoir que la tête. «J’ai découvert le torse dans les réserves», explique Hourig Sourouzian. «C’était l’un des premiers objets du musée (fondé au XIXe siècle par le Français Auguste Mariette), il n’était pas numéroté et sa provenance était inconnue. Mais il portait au dos deux colonnes d’inscriptions relatant la titulature du roi exactement dans la suite de celles gravées derrière la tête». Tout concordait: contenu du texte, gravure, facture de la...