La vie et la mort de Martin Luther King continuent, trente ans après son assassinat, de hanter l’Amérique, où le pasteur noir occupe une place à part pour sa quête inlassable et visionnaire de justice et d’égalité raciale. Seul Noir dont l’anniversaire de la mort est fête nationale aux Etats-Unis, Martin Luther King a mené jusqu’au moment de sa mort un combat moral qui lui a attiré la dévotion d’une partie de l’Amérique et la haine de l’autre. Apôtre de la non-violence, prophète des temps modernes, martyr, mythe: pour ses admirateurs et ses fidèles, aucun mot n’est assez fort pour décrire en termes quasi mystiques Martin Luther King et son chemin de croix. Selon les mots d’un de ses biographes, Taylor Branch, un des spécialistes les plus respectés du mouvement des droits civiques, le pasteur noir représente pour les Etats-Unis «la plus belle et la plus importante métaphore pour l’Histoire américaine des années déterminantes de l’après-guerre». «Il n’y a personne aujourd’hui ayant la stature de Martin Luther King, pour dire la vérité et percer à jour les mensonges que nous avons créés sur la société et les problèmes raciaux dans ce pays», estime pour sa part Lenny Steinhorn, professeur à l’American University de Washington. Martin Luther King, dit-il, «avec la profondeur de son âme, ses qualités intellectuelles, avait la capacité de transcender le particulier pour parler en termes universels». Lors de la marche historique sur Washington en 1963, à l’apogée de la lutte pour les droits civiques, Martin Luther King exposa à une Amérique engluée dans la question raciale son «rêve» d’égalité, un «rêve», dira-t-il, «profondément ancré dans le rêve américain». Le mouvement des droits civiques dont il fut le chef incontestable mobilisa la nation, faisant adopter par le Congrès (Parlement) les lois sur les droits civiques en 1964 (Civil rights act) et l’année suivante la loi sur le droit de vote (Voting rights act). Martin Luther King est né en 1929 dans le sérail de l’église baptiste d’Atlanta (sud-est), qui constituait alors l’élite de la communauté noire. Il quitta le Sud pour faire ses études de théologie à Boston (nord-est) avant de prendre la tête d’une paroisse à Montgomery dans l’Alabama (sud-est), où il entama sa longue marche contre la ségrégation raciale, au moyen d’actions pacifiques et non violentes comme le boycottage des autobus. Jugé trop militant par les conservateurs noirs et trop timide par de nouveaux dirigeants plus radicaux comme Malcolm X, Martin Luther King dut en outre batailler toute sa vie contre le FBI (Sûreté fédérale) d’Edgar Hoover. Ecoutes téléphoniques, chantages, menaces, le FBI avait clairement catalogué le pasteur noir, prix Nobel de la Paix 1964, comme étant «le Noir le plus dangereux de ce pays». «Je suis étonné que le pape ait accepté de rencontrer ce dégénéré», notait, pour sa part, Edgar Hoover après que le nouveau prix Nobel eut été reçu en audience par le Souverain Pontife. La veille de sa mort, King, déprimé par la guerre du Vietnam et la pauvreté contre laquelle il voulait livrer bataille, avait prononcé à Memphis un dernier sermon au ton prophétique. «Je suis arrivé au sommet de la montagne, dira-t-il. Comme tout le monde, j’aurai aimé avoir une longue vie, mais tout cela ne me concerne plus (…). Je veux juste accomplir la volonté de Dieu». (AFP)
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