Alors que les républicains espéraient capitaliser sur le scandale Lewinsky, celui-ci s’est retourné contre eux lors des élections législatives américaines, les électeurs offrant aux démocrates des succès déterminants pour le maintien à la Maison-Blanche du président Bill Clinton. Le seul impact immédiat du scandale aura peut-être été, selon les experts, le faible taux de participation, 38 % des électeurs inscrits, selon les premières estimations (contre 38,79 % en 1994). Mais cette faible participation peut aussi s’expliquer par l’absence de thèmes mobilisateurs au niveau national. Interrogés à la sortie des urnes, 19 % d’un échantillon représentatif d’électeurs ont indiqué avoir voté pour montrer leur soutien au président Clinton, et 21 % à l’inverse pour affirmer leur désapprobation. Mais 55 % de ces électeurs interrogés par CNN ont indiqué que leur vote n’était en rien conditionné par le scandale Lewinsky. Seulement 5 % d’entre eux, selon un autre sondage effectué par la chaîne de télévision ABC, ont admis qu’ils avaient pensé au scandale en votant. «C’est une victoire pour le président Clinton et une défaite pour les républicains et le speaker (président) de la Chambre Newt Gingrich», a commenté l’expert politique Alan Lichtman. Il y a six semaines, a-t-il rappelé, «les républicains s’attendaient à des gains importants à la Chambre, au Sénat et dans les élections de gouverneurs». Les républicains, a pour sa part estimé sur CNN l’ancienne porte-parole de la Maison-Blanche, Dee Myers, voulaient faire de ces élections «un référendum national sur la destitution, et le pays ne semble pas être intéressé à destituer le président». «Je pense que les gens en avaient (par-dessus la tête) de toute cette affaire de destitution», a pour sa part déclaré Dianne Feinstein, sénateur démocrate de Californie. Après dix mois d’un interminable scandale sexuel ayant montré l’énorme décalage entre les préoccupations du monde politique et celles de l’Américain ordinaire, celui-ci n’avait guère envie d’aller voter : 46 % des électeurs démocrates et 44 % des républicains s’étaient dits lors d’un ultime sondage moins enthousiastes que dans le passé pour aller voter. Les républicains avaient, en vain dans les derniers jours de la campagne, dépensé des millions de dollars en spots électoraux publicitaires dénonçant le scandale Lewinsky. Les démocrates avaient immédiatement contre-attaqué, le vice-président Al Gore dénonçant leur «obsession» du scandale. De fait, nombre d’experts ont estimé que les républicains avaient perdu leur avantage électoral potentiel fin septembre, après que le Congrès à majorité républicaine eut décidé de rendre publique la vidéo du témoignage sous serment de Bill Clinton, montrant un président interrogé sur les moindres détails de sa vie sexuelle. Le vote de la Chambre des représentants, le 9 octobre, en faveur de l’ouverture d’une enquête en destitution, a encore plus rebuté la majorité des électeurs : 71 % reconnaissaient encore vendredi ne pas souhaiter la destitution de Bill Clinton et 68 % se disaient mécontents de la façon dont les républicains ont traité l’affaire au Congrès, selon un sondage Wall Street journal/NBC News. Cette procédure doit néanmoins débuter dès lundi par une première audition, où 19 historiens et professeurs de droit s’exprimeront sur l’histoire et leur perception de la procédure de destitution. Faute de la forte poussée dont elle rêvait pour avoir les coudées franches, il est cependant probable que la majorité républicaine au Congrès adoptera une attitude plus conciliante quant à cette procédure de destitution menaçant Bill Clinton pour avoir menti à la justice sur sa liaison avec Monica Lewinsky. «Cela ne sera pas tout de suite, mais à un moment donné, le train (de la destitution) va s’arrêter et nous opterons pour une mesure moins radicale que la destitution», prédit Alan Lichtman.
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