Les pays d’Amérique centrale ont reculé de trente ans et nécessiteront des années et des milliards de dollars pour se remettre des dégâts causés par le cyclone Mitch à leurs faibles économies basées sur l’agriculture et le tourisme, estimait-on mardi de diverses sources officielles. L’évaluation des dommages est encore très approximative, mais des dizaines de milliers d’hectares de cultures de riz et de maïs, base de l’alimentation des habitants, ou de café et de bananes, principaux produits d’exportation, ont été emportés par les inondations et les glissements de terrain provoqués par Mitch. Le passage dévastateur de l’ouragan, qui a fait plus de 9 000 morts et 14 000 disparus, notamment au Honduras et au Nicaragua, a détruit des centaines de kilomètres de routes, 276 ponts et endommagé gravement l’infrastructure touristique des paradisiaques côtes caraïbes, aujourd’hui pestilentiels champs de ruines. «Nous avons reculé de trente ans», a estimé à New York l’ambassadeur du Honduras, Hugo Noé Pino, qui a estimé que l’isthme mettra des décennies à s’en remettre. Selon les associations de caféiculteurs, Mitch a fait perdre à la région 1,8 million de sacs (de 46 kilos) de café, premier produit d’exportation du Honduras, du Salvador, du Nicaragua et du Guatemala et second du Costa Rica après la banane. Le cyclone s’est particulièrement acharné sur le Honduras et le Nicaragua, les pays les plus pauvres d’Amérique après Haïti, avec respectivement des dettes extérieures de 3,8 et 6 milliards de dollars et 80 et 70% de la population au-dessous du seuil de pauvreté. Le tourisme menacé Selon la ministre des Finances, Gabriela Nunez, le gouvernement du Honduras estime qu’il faudra deux milliards de dollars pour reconstruire le pays. Mitch a notamment détruit près de 70% de la production agricole et un égal pourcentage du réseau routier, a estimé le président Carlos Flores. La multinationale bananière américaine Standard Fruit Company a annoncé avoir perdu 77% de ses plantations, indiquant qu’elle ne pourra pas exporter de fruits avant la fin de l’année au plus tôt. La Tela Railroad Company a quant à elle perdu 85% de ses plantations. Le Nicaragua a indiqué qu’il ne pourra pas exporter de riz, de haricots ni de maïs pendant au moins un mois. Au Salvador, les pertes de l’agriculture atteignent 286 millions de dollars, a indiqué la vice-ministre Vilma Calderon. Au Costa Rica, moins touché, les pertes se montent à 48 millions de dollars, notamment dans l’agriculture et les infrastructures, selon la Commission nationale d’urgence. Les équipements hôteliers de la région, dont les revenus touristiques s’élevaient à deux milliards de dollars par an, ont été détruits en de nombreux endroits. Au Honduras notamment Mitch a tout emporté sur son passage sur l’archipel d’Islas de la Bahia (nord), dont les fonds sous-marins sont particulièrement prisés des plongeurs.
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