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Actualités - Opinion

Censure et agression

Une affiche publicitaire pour une marque de collants a été censurée. Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, qu’une affiche, jugée offensante pour les bonnes mœurs, est censurée. Cela se produit aussi bien dans les régions à dominante musulmane que dans les régions à dominante chrétienne du pays. Il vaut la peine d’y réfléchir. Nous sommes en présence d’un épisode de la guerre pour le contrôle de l’espace public. Et qui dit guerre dit violence, même s’il ne s’agit pas d’une violence physique. Qui est donc l’agresseur et qui est l’agressé ? L’afficheur et à sa suite une frange d’intellectuels crieront à l’atteinte à la liberté d’expression, à la régression culturelle et au fanatisme religieux. Pour le censeur, cependant, c’est l’afficheur qui s’est rendu coupable d’une offense au code moral d’une communauté, à son sentiment religieux où, si l’on se place sur le plan purement civil, aux bonnes mœurs. La censure n’est qu’une manière légitime de se défendre, en l’absence d’un moyen juridique ou politique accessible et rapide. On est donc en présence d’un conflit entre deux cultures, chacune s’exprimant sauvagement, et cherchant à défendre sa liberté contre les débordements de l’autre. Qui doit arbitrer cette guerre ? Comment trancher ? Avant de tenter de répondre à cette question, identifions les protagonistes du conflit. D’une part, une agence publicitaire, une société commerciale dont la fonction est de faire connaître certains produits au public, qui utilise à cette fin des supports déterminés, et dont l’utilité économique est bien établie. D’autre part, un groupe politico-religieux – parti ou association civile –, qui s’érige en défenseur d’une morale publique élevée au rang de code immuable. Il faut se garder d’y voir un conflit entre la société du point de vue général, et les religieux. Le faire, c’est appréhender la réalité libanaise avec une grille de lecture simpliste. Ceci étant, il est évident que c’est à l’État de trancher le conflit. Car n’est-ce pas pour réglementer la vie en commun que les États existent ? N’est-ce pas pour concilier des intérêts contradictoires, faire régner la paix civile, définir le bien commun et réglementer la vie publique ? C’est bien dans cette direction qu’évoluent les sociétés, c’est bien pour cela qu’il y a des lois. Laisser les choses en l’état, et livrer le conflit à l’arbitrage des circonstances, c’est revenir à la loi du plus fort, c’est retourner dans la jungle, c’est ouvrir la voie à toutes les dérives, y compris aux dérives de la violence physique, quand un groupement sera convaincu qu’il n’existe plus d’autre moyen de se faire entendre, d’obtenir raison ou justice. Comment trancher ? En réglementant, en légiférant. L’État, la justice, les autorités publiques, d’un commun accord avec les protagonistes du conflit, ont le devoir de définir un code accepté par tous, et que nul ne pourra plus contester publiquement sans encourir de sanction. On a mis des mois pour réglementer l’affichage des panneaux publicitaires, qui avaient proliféré un moment comme des champignons vénéneux, défigurant l’espace public, enlaidissant la nature, polluant les esprits. Mais le législateur et l’afficheur ont négligé, ce faisant, de définir une déontologie de la profession, c’est-à-dire un code réglementant ses rapports avec ses clients et le public. Et qui dit code, dit limites à ne pas dépasser. Définir une déontologie c’est définir ce qui est permis et ce qui est défendu, et s’y tenir. Tout n’est pas permis et, corollaire, tout ne peut être défendu. C’est à ce niveau que la société civile et les autorités publiques doivent s’élever, c’est à une réflexion sur la société concrète où l’on se trouve, sa nature, ses contrastes ; aux droits de tous au respect de leurs libertés et de leurs croyances. ` Un tel code ne saurait être qu’un modus vivendi, une conciliation d’intérêts contradictoires, duquel on espérerait obtenir le bien commun et la paix civile entre des individus des communautés dissemblables, vivant pourtant dans la même société.
Une affiche publicitaire pour une marque de collants a été censurée. Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, qu’une affiche, jugée offensante pour les bonnes mœurs, est censurée. Cela se produit aussi bien dans les régions à dominante musulmane que dans les régions à dominante chrétienne du pays. Il vaut la peine d’y réfléchir. Nous sommes en présence d’un épisode de la guerre pour le contrôle de l’espace public. Et qui dit guerre dit violence, même s’il ne s’agit pas d’une violence physique. Qui est donc l’agresseur et qui est l’agressé ? L’afficheur et à sa suite une frange d’intellectuels crieront à l’atteinte à la liberté d’expression, à la régression culturelle et au fanatisme religieux. Pour le censeur, cependant, c’est l’afficheur qui s’est rendu...