La campagne électorale des républicains conservateurs, galvanisés par le scandale Lewinsky qui a éclaboussé la présidence américaine, a pris plus que jamais des allures de croisade morale. Alors que beaucoup d’Américains, saturés des détails scabreux du rapport du procureur indépendant Kenneth Starr, se disent dégoûtés par la politique au point de ne pas vouloir voter, les militants conservateurs, au contraire, se mobilisent pour faire de l’élection de demain un référendum national sur les valeurs morales de l’Amérique. La famille, l’avortement, l’homosexualité, tels sont les thèmes qui rallient la base conservatrice du Parti républicain, et qui repris au plus haut niveau de sa direction au Congrès ont aussi parfois des répercussions sur les affaires du pays. Les républicains les plus «durs», qui militent contre l’avortement, ont ainsi lié le paiement de millions de dollars d’arriérés à l’Onu au passage d’une loi interdisant le financement de programmes de contraception et d’avortement à l’étranger. La commission des affaires étrangères du Sénat a pour sa part pratiquement enterré la nomination du candidat de la Maison-Blanche au poste d’ambassadeur au Luxembourg, James Hormel, pour cause d’homosexualité déclarée. La Coalition chrétienne, un groupe conservateur regroupant la droite religieuse, a lancé un véritable mot d’ordre pour faire voter ses sympathisants. «Ce qui était considéré par les experts comme une élection ennuyeuse peut devenir un référendum national sur les valeurs de l’Amérique: nous allons distribuer 45 millions de manuels pour guider les électeurs à travers tout le pays. C’est un grand moment, nous devons travailler à faire élire le plus possible de membres du Congrès, de gouverneurs, d’élus locaux en faveur de la famille, contre l’avortement», annonçait il y a un mois Randy Tate, le nouveau président de la Coalition chrétienne au National Press Club de Washington. «Que ce soit le président Clinton ou le vice-président Al Gore dans le Bureau ovale, il va encore y avoir un million et demi de bébés qui vont perdre la vie chaque année dans les horreurs de l’avortement», ajoutait-il, donnant le ton de la campagne. Publicités agressives De fait dans plusieurs États, à la veille du 3 novembre, les publicités télévisées des candidats conservateurs se sont faites plus virulentes pour attaquer leurs rivaux démocrates notamment sur le thème de l’avortement. Les aveux de Bill Clinton sur sa relation extraconjugale avec l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche n’ont fait qu’attiser la colère des républicains les plus conservateurs, déjà peu favorablement disposés à l’égard d’un président américain qu’ils considèrent comme porteur des tares de toute une génération. «Ce qui est au centre du scandale Lewinsky, résumait récemment le magazine conservateur The Weekly Standard, ce n’est pas le droit à la vie privée, mais le dogme principal des ‘baby boomers’: la conviction que le sexe, tant qu’il est basé sur un consentement mutuel, ne devrait jamais être soumis à un examen rigoureux de moralité». Les républicains, qui détiennent depuis 1994 la majorité aux deux Chambres du Congrès, ont tenu compte de cette indignation de la frange la plus conservatrice de leur électorat pour mettre en route la machine de la destitution. «Nous faisons face à une profonde crise morale, non seulement parce qu’un homme nous a déshonorés, mais parce que notre peuple ne reconnaît plus la nature du mal», affirmait récemment dans sa lettre mensuelle James Dobson, président de l’influent groupe conservateur Focus on the Family, fortement teinté d’évangélisme, qui galvanise chaque semaine à la radio et à la télévision quelque 28 millions d’Américains et prône notamment les vertus de l’abstinence. David Rodier, professeur à American University de Washington, estime pour sa part qu’une des conséquences de cette croisade morale des conservateurs, si elle affecte les républicains, a aussi un «impact crucial» sur le Parti démocrate. «Le Parti démocrate devient à son tour de plus en plus conservateur, et le résultat c’est que tout le monde politique américain vire de plus en plus à droite», a-t-il dit.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La campagne électorale des républicains conservateurs, galvanisés par le scandale Lewinsky qui a éclaboussé la présidence américaine, a pris plus que jamais des allures de croisade morale. Alors que beaucoup d’Américains, saturés des détails scabreux du rapport du procureur indépendant Kenneth Starr, se disent dégoûtés par la politique au point de ne pas vouloir voter, les militants conservateurs, au contraire, se mobilisent pour faire de l’élection de demain un référendum national sur les valeurs morales de l’Amérique. La famille, l’avortement, l’homosexualité, tels sont les thèmes qui rallient la base conservatrice du Parti républicain, et qui repris au plus haut niveau de sa direction au Congrès ont aussi parfois des répercussions sur les affaires du pays. Les républicains les plus «durs», qui...