Ntombi Mosikare n’en peut plus attendre le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation, qui sera officiellement remis au président Nelson Mandela aujourd’hui. Car cette militante amère espère y trouver la réponse sur la mort de son frère Solomon Mashabane, tué en 1985 par une grenade piégée alors qu’il avait 19 ans. «Si je découvre qui est coupable, je ferai tout pour que des poursuites judiciaires soient engagées», affirme-t-elle. Plusieurs policiers ont demandé l’amnistie pour cette affaire de grenades piégées qui avaient provoqué la mort de trois autres jeunes de Duduza, une cité noire du sud-est de Johannesburg. Mais Ntombi ne connaît ni leur nom, ni leur nombre et ne sait pas si les amnisties ont été ou non accordées, la TRC n’ayant pas informé sa famille du processus. Aussi, la jeune femme s’est engagée dans l’association Khulumani («en parler») qui affirme regrouper 7 000 victimes de l’apartheid, toutes déçues par la TRC et toutes décidées à obtenir «justice». La semaine dernière, le mouvement a remis un mémorandum au président Nelson Mandela en demandant que le gouvernement «tienne ses promesses vis-à-vis des victimes pour faire bon poids avec les concessions faites aux criminels qui ont reçu une amnistie». Pour eux, les tribunaux doivent se saisir de toutes les informations collectées par la TRC pour que ceux qui n’ont pas demandé d’amnistie soient châtiés. Pour Tlhoki Mofokeng, chercheur du Centre d’études sur la violence et la réconciliation (indépendant), la façon dont sera réglée la question des poursuites judiciaires est essentielle pour le processus de réconciliation. «Beaucoup de victimes pensent que la TRC fut un faux-semblant et n’a traqué que les exécutants», explique M. Mofokeng. Seuls deux ministres de l’apartheid et quelques chefs de la police ont demandé une amnistie tandis que les responsables politiques de l’époque se défaussaient en affirmant n’avoir rien su des «excès de zèle» de la sécurité de l’apartheid. La TRC, parce qu’elle se fonde sur l’aveu volontaire, a révélé son impuissance avec le cas de l’ex-président Pieter Botha qui a obstinément refusé de témoigner sur ses responsabilités passées. Le ministre de la Justice Dullah Omar a lui-même reconnu lundi que le processus avait été «extrêmement généreux» pour les auteurs de crimes politiques. Il a affirmé que ce serait désormais au procureur général de décider de poursuites judiciaires, une fois qu’il aurait reçu une copie du rapport de la TRC. Pour l’association Khulumani, la réconciliation restera impossible si les responsables politiques de l’apartheid échappent à toute sanction. Le Centre d’études, qui a animé des thérapies pour les victimes, estime néanmoins que les travaux de la TRC furent fondamentaux pour initier un processus de guérison des blessures passées. «Je pense que cela a permis d’orienter le pays dans son retour vers le passé: il est positif que certains aient reconnu l’existence de certaines choses», souligne M. Mofokeng. Les dirigeants de la TRC, son président Desmond Tutu en tête, défendent aussi la commission en soulignant qu’elle fut le produit d’un compromis politique. Sans promesse de l’amnistie, selon eux, les assassins de l’apartheid auraient refusé de sortir de l’ombre et des dizaines de meurtres politiques, d’enlèvements et autres persécutions seraient restés inexpliqués. Pour l’analyste politique John Aitchison, qui dirige le Centre pour l’éducation adulte de Pietermaritzburg (KwaZulu-Natal), les auditions de la TRC ont aussi joué un rôle cathartique.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ntombi Mosikare n’en peut plus attendre le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation, qui sera officiellement remis au président Nelson Mandela aujourd’hui. Car cette militante amère espère y trouver la réponse sur la mort de son frère Solomon Mashabane, tué en 1985 par une grenade piégée alors qu’il avait 19 ans. «Si je découvre qui est coupable, je ferai tout pour que des poursuites judiciaires soient engagées», affirme-t-elle. Plusieurs policiers ont demandé l’amnistie pour cette affaire de grenades piégées qui avaient provoqué la mort de trois autres jeunes de Duduza, une cité noire du sud-est de Johannesburg. Mais Ntombi ne connaît ni leur nom, ni leur nombre et ne sait pas si les amnisties ont été ou non accordées, la TRC n’ayant pas informé sa famille du processus. Aussi, la jeune femme...