On connaissait déjà Alexander McQueen, le styliste britannique de Givenchy, comme iconoclaste et provocateur. Mais le voilà au milieu d’une controverse qui fait beaucoup de bruit et soulève pas mal de fureur. Au cours de son défilé de Londres, où étaient présentés les modèles de sa propre griffe (et non pas ceux créés pour Givenchy), il a fait défiler Amy Mullins, une jeune femme de 22 ans, amputée des deux jambes à l’âge d’un an. Le buste moulé dans un corset de cuir lacé, les prothèses camouflées par des bottes spécialement confectionnées, Amy Mullins présentait la collection McQueen à la London Fashion Week. Radieuse, elle déclarait à la presse «qu’elle cherchait à être belle à cause de son infirmité et non pas malgré elle». Il faut rappeler que cette jeune personne milite activement pour l’intégration des personnes handicapées dans la vie sociale. Elle a elle-même décroché plusieurs titres mondiaux aux Jeux paralympiques d’Atlanta, en 1996. Le tollé suscité, par ce qui fut interprété comme une provocation de la part du styliste, fut de taille. D’autant plus que McQueen a la réputation d’un noir provocateur ne respectant rien et personne. La controverse à ce propos se poursuit avec des retombées multiples. Si l’Association des paralysés de France s’est déclarée enchantée de cette initiative qui pourrait servir d’exemple, «constituant un symbole d’intégration très fort», une partie de la presse et de l’opinion publique internationale s’est considérée «choquée» par cette initiative. Il est à souligner que Luciano Benetton venait de son côté défier le monde de la mode au cours de sa récente campagne publicitaire. Il a, en effet, mis en scène des jeunes handicapés mentaux. Pierre Berger, président d’Yves Saint-Laurent Couture, s’est déclaré «outré» par ces défilés qui reflètent une lamentable tendance. Celle d’utiliser des handicapés pour faire vendre. Inadmissible, même à l’époque des provocateurs-voyeurs comme Kenneth Starr, de l’affaire Clinton-Lewinsky. Provocation ou intégration? La question se pose de plus en plus fréquemment ces derniers temps. Il y a quelques semaines, aux États-Unis, Nicole Johnson, une diabétique de 24 ans portant en permanence une pompe à insuline, a été consacrée Miss America. En 1995, déjà, c’est une sourde-muette qui emportait le titre. Si ces entreprises d’exploitation des gens hors normes visent à extirper la beauté de la terreur et de la marginalisation, l’intention est plus que louable, sublime et noble. Si c’est du simple marketing pour frapper l’imagination et stimuler la vente, l’opération est odieuse.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On connaissait déjà Alexander McQueen, le styliste britannique de Givenchy, comme iconoclaste et provocateur. Mais le voilà au milieu d’une controverse qui fait beaucoup de bruit et soulève pas mal de fureur. Au cours de son défilé de Londres, où étaient présentés les modèles de sa propre griffe (et non pas ceux créés pour Givenchy), il a fait défiler Amy Mullins, une jeune femme de 22 ans, amputée des deux jambes à l’âge d’un an. Le buste moulé dans un corset de cuir lacé, les prothèses camouflées par des bottes spécialement confectionnées, Amy Mullins présentait la collection McQueen à la London Fashion Week. Radieuse, elle déclarait à la presse «qu’elle cherchait à être belle à cause de son infirmité et non pas malgré elle». Il faut rappeler que cette jeune personne milite activement pour...