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Actualités - Chronologie

Le Glenne Circus ne fait pas l'unanimité

Le second vol dans l’espace offert à John Glenn fait grincer les dents de nombreux critiques, qui doutent sérieusement de ses justifications scientifiques et accusent ouvertement la Nasa d’avoir voulu monter un «coup» publicitaire en période de vaches maigres budgétaires. Depuis plusieurs semaines déjà, il est difficile d’échapper au «cirque» Glenn. Dans toute la presse américaine, le regard bleu acier du plus vieil astronaute du monde s’étale à la «une». Et les images de ses bains en combinaison orange dans la piscine du centre spatial Johnson font les délices des journaux télévisés. Rarement la routine d’un vol de la navette n’avait connu pareil engouement. C’est un fait, l’opinion publique, le président Bill Clinton en tête, se passionne pour le retour en orbite du septuagénaire, trente-six ans après son vol historique à bord de Frienship 7. Mais pour d’autres, cette brusque poussée de fièvre spatiale jette un sérieux doute sur les motivations scientifiques avancées par la Nasa pour justifier le billet de John Glenn sur Discovery. Fraîchement retraité, Story Musgrave ne mâche pas ses mots. «La véritable raison de son vol, c’est qu’il s’appelle John Glenn, qu’il est sénateur et qu’il les a convaincus de le renvoyer en orbite», a affirmé au New York Times celui qui, à 61 ans, détient pour quelques jours encore le titre de l’astronaute le plus âgé. «Ce n’est qu’une fois la décision prise, que la science est devenue la raison», ajoute-t-il. Dès l’annonce du vol en janvier, le «patron» de la Nasa Daniel Goldin avait pourtant pris les devants en présentant pour son client un épais dossier scientifique. Si John Glenn reprend du service à 77 ans, avait dit M. Goldin, c’est parce qu’il est le cobaye idéal pour étudier le parallèle entre les effets de l’apesanteur dans l’espace et ceux de l’âge sur la terre ferme. Non seulement il est l’un des pères de ce projet, mais en plus il est en parfaite santé et connaît l’espace mieux que personne. Fierté nationale L’argument n’a pas convaincu Surtout après l’annonce que l’emploi du temps du sénateur serait délesté d’un test sur le sommeil. «Son retrait d’une des expériences ne fait aucune différence», estime Patricia Santy, ex-médecin de la Nasa employée à l’université du Texas. Pour elle, «ce vol est une supercherie et une tentative évidente de la Nasa de se faire de la publicité». Les expériences réalisées à bord de la navette ne sont pas en cause, affirment pourtant les critiques. «Ceux qui (les) ont mises au point sont compétents et ils mèneront sur (Glenn) des tests d’une qualité conforme aux normes de la recherche», estime John Pike, de la Fédération des scientifiques américains. «Ce n’est pas de la recherche au rabais». Non, c’est plutôt le rôle dévolu à John Glenn qui prête à contestation. «Il faut rappeler qu’une bonne partie de ce vol n’a rien à voir avec John Glenn», insiste John Logsdon, spécialiste de l’histoire spatiale à l’univesité George Washington. «John Glenn vole d’abord parce que c’est une figure emblématique de l’Amérique, un héros, et parce qu’il a demandé à retourner dans l’espace (...). La science n’a rien à voir là-dedans», poursuit M. Logsdon. Et aussi parce que, accessoirement, sa présence sur Discovery devrait «redonner un coup de fouet à quelques programmes de la Nasa», selon l’historien. Comme il l’avait fait avec zèle lors du programme Mercury, le principal intéressé encaisse cette volée de bois vert sans dévier d’un pouce du script officiel. «Si vous éliminez le bénéfice scientifique, il n’y a aucune raison (à mon retour en orbite) hormis le fait que je souhaite y retourner», assure John Glenn, «Mais ce n’est pas suffisant». Pas si sûr. Car tout cela n’est peut-être finalement qu’une affaire de fierté nationale. «Le pays lui doit bien ça», reconnaît John Pike. «Si Neil Armstrong ou Buzz Aldrin avaient voulu se promener en navette, on leur aurait trouvé une place, Chuck Yeager aussi, et même Charles Lindbergh, mais il est mort depuis quelque temps...»
Le second vol dans l’espace offert à John Glenn fait grincer les dents de nombreux critiques, qui doutent sérieusement de ses justifications scientifiques et accusent ouvertement la Nasa d’avoir voulu monter un «coup» publicitaire en période de vaches maigres budgétaires. Depuis plusieurs semaines déjà, il est difficile d’échapper au «cirque» Glenn. Dans toute la presse américaine, le regard bleu acier du plus vieil astronaute du monde s’étale à la «une». Et les images de ses bains en combinaison orange dans la piscine du centre spatial Johnson font les délices des journaux télévisés. Rarement la routine d’un vol de la navette n’avait connu pareil engouement. C’est un fait, l’opinion publique, le président Bill Clinton en tête, se passionne pour le retour en orbite du septuagénaire, trente-six ans...