Maurice Papon, dont le procès pour «complicité de crimes contre l’humanité» reprend lundi à Bordeaux (sud-ouest), connaîtra en principe son sort mercredi soir, et, quel qu’il soit, quittera libre le box qu’il aura occupé pendant près de six mois. Le décès mardi dans la nuit de l’épouse de M. Papon avait entraîné une 4e suspension de ce procès-fleuve, le plus long d’après-guerre en France. En dépit de spéculations sur sa capacité à surmonter ce «deuil cruel», selon l’expression du procureur, M. Papon, 87 ans, regagnera son box lundi, selon son avocat Jean-Marc Varaut car, «dans le malheur qui est le sien, il tient à assumer toutes ses responsabilités». Le ministère public a requis 20 ans de prison contre l’ancien haut fonctionnaire du gouvernement de Vichy, jugé pour son rôle dans la déportation de quelque 1.500 juifs alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de Bordeaux de 1944 à 1952. M. Varaut doit reprendre lundi après-midi sa plaidoirie-marathon d’une quinzaine d’heures. Papon devrait faire mercredi matin «une courte déclaration», avant que la cour ne se retire pour délibérer. Les trois magistrats et les neuf jurés auront alors l’immense tâche de juger «un homme et seulement un homme», en oubliant les impossibles procès de Vichy ou de la Résistance. Pour se faire leur «intime conviction», ils disposent de deux visions antagonistes, l’une rationnelle, l’autre émotive. D’un côté, les explications méthodiques de l’accusé qui, documents en main, s’est efforcé de répondre à toutes les incriminations. Et de l’autre, une charge émotionnelle terrible, déclenchée par le témoignage des survivants des camps nazis ou la projection sur les écrans de la Cour de visages d’enfants arrachés prématurément à leur destin. Le délibéré s’annonce long. D’abord, parce qu’ils auront à répondre à 769 questions correspondant aux arrestations, séquestrations ou assassinats de 74 victimes pour lesquels des proches se sont constitués parties civiles. Ensuite, parce que trois interrogations récurrentes au cours des débats ne manqueront pas de les interpeller. D’abord, peut-on juger un homme de 87 ans, 55 ans après les faits? Pour le ministère public et les avocats des victimes, «le temps ne saurait profiter au criminel», et «l’horreur du crime contre l’humanité ne peut être oubliée». Pour la défense, seuls les contemporains de Papon, à même de comprendre l’époque trouble de la guerre, auraient pu le juger. Ensuite, comment cerner la responsabilité personnelle de l’accusé, en l’absence de ses supérieurs et subordonnés? L’accusé s’est toujours présenté en observateur à la préfecture plutôt qu’en acteur. Ses adversaires le voient comme «un rouage indispensable de la préfecture», dont la responsabilité ne saurait être exonérée par l’absence dans le box des chefs de la police de Vichy. Enfin, un crime contre l’humanité peut-il être commis par un homme, ni antisémite, ni adhérent à l’idéologie nazie comme l’ont reconnu tous ses adversaires? La défense qui en fait un de ses arguments décisifs affirme que Papon, de surcroît, ignorait la solution finale. L’accusation a repris cette incrimination à l’audience, expliquant que dès la déportation des premiers enfants en août 1942, M. Papon «savait que ces enfants iraient à la mort». Selon toute probabilité, M. Papon ne prendra pas le chemin de la prison, au moins immédiatement. Il pourra se pourvoir devant la plus haute instance judiciaire française, la Cour de cassation, et rester provisoirement en liberté si le verdict lui est défavorable. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Maurice Papon, dont le procès pour «complicité de crimes contre l’humanité» reprend lundi à Bordeaux (sud-ouest), connaîtra en principe son sort mercredi soir, et, quel qu’il soit, quittera libre le box qu’il aura occupé pendant près de six mois. Le décès mardi dans la nuit de l’épouse de M. Papon avait entraîné une 4e suspension de ce procès-fleuve, le plus long d’après-guerre en France. En dépit de spéculations sur sa capacité à surmonter ce «deuil cruel», selon l’expression du procureur, M. Papon, 87 ans, regagnera son box lundi, selon son avocat Jean-Marc Varaut car, «dans le malheur qui est le sien, il tient à assumer toutes ses responsabilités». Le ministère public a requis 20 ans de prison contre l’ancien haut fonctionnaire du gouvernement de Vichy, jugé pour son rôle dans la déportation...