La vente du constructeur automobile britannique Rolls-Royce à l’Allemand BMW marque la fin d’une épopée qui a nourri la fierté britannique. A moins que, comme il en a exprimé l’intention hier, le fan club de Rolls-Royce ne parvienne à empêcher cette «annexion» en réunissant une somme supérieure aux 572 millions de dollars mis sur la table par le constructeur germanique. L’acquisition de Rolls-Royce est, pour ce dernier, le plus beau trophée dans un tableau de chasse bien rempli, qui comprend Rover, Land Rover et les légendaires Mini et MG. Après le passage de Jaguar dans le besace du géant américain Ford, «Rolls» était le dernier fleuron de l’industrie automobile britannique à susciter les convoitises outre-channel. La prestigieuse maison a été créée en 1904 par l’aristocrate Charles Stuart Rolls, pilote de course et distributeur de voiture, et l’ingénieur Henry Royce, ingénieur électricien et fils d’un minotier anglais. Construit en 1906, le premier modèle, la Silver Ghost, fut salué à l’époque comme la «meilleure voiture du monde», une réputation qui ne se démentira plus. La Silver Ghost arborera en série à partir de 1911 la fameuse mascotte en bronze chromé «Spirit of Extasy», spécialement conçue par le jeune artiste anglais Charles Sykes pour coiffer avec élégance la calandre si typique de Rolls-Royce. Seulement neuf modèles différents — dont la célèbre Silver Cloud — seront produits durant ce siècle par la firme rapidement devenue synonyme de luxe et de réussite financière. Le dernier modèle de Rolls-Royce, la Silver Seraph, est sorti le mois dernier à l’usine de fabrication de Crewe, dans le nord de l’Angleterre. Graham Morris, patron de la firme, avait présenté comme «l’aube d’une nouvelle ère» la sortie de la Seraph, qui coûte la bagatelle de 260.000 dollars. Royce avait pour devise: «La qualité demeure bien après que le prix ait été oublié». Moteurs pour Spitfire Autre credo de l’ingénieur, qui reste inscrit en bonne place à l’usine de Crewe: «Prenez ce qu’il y a de mieux et améliorez-le. Lorsque cela n’existe pas, inventez-le». Mais l’histoire du groupe ne fut pas aussi feutrée que peut l’être la conduite au volant d’une «Rolls». Charles Rolls, se tuera en 1910, à 33 ans, dans un accident d’avion, laissant son partenaire développer seul leur entreprise et entretenir son image de luxe et de puissance. Il y sera aidé lors de la Première Guerre mondiale par la construction de moteurs d’avion. L’expérience sera consacrée par le premier vol transatlantique sans escale réalisé en 1919 par un Vickers équipé de moteurs Eagle de Rolls-Royce. La coopération avec Vickers conduit Rolls-Royce à construire dès 1936 des moteurs Merlin équipant les fameux Spitfire qui s’illustreront dans les combats aériens de la Seconde Guerre mondiale. Mais les perspectives s’assombrissent pour Rolls-Royce dans les années soixante et le gouvernement britannique doit sauver le constructeur de la banqueroute en 1971 alors qu’il produit le réacteur d’avion RB211. Les activités de Rolls-Royce sont alors scindées. La division automobile reste privée mais le constructeur de moteurs d’avion est nationalisé. Rolls-Royce automobile est introduit en bourse en 1973, pour subir aussitôt de plein fouet la première crise pétrolière et la récession économique qui suit. En 1980, les automobiles Rolls-Royce sont reprises par Vickers pour 38 millions de livres. Vickers procède à une révision de la gamme et relance Bentley, marque acquise par Rolls dès 1931. Mais la division automobile reste dans le rouge et Vickers doit, en 1991, imposer un plan de nationalisation et réduire de moitié la main-d’œuvre, pour la ramener à 2.400 personnes. Le retour dans le vert est au rendez-vous deux ans plus tard, mais Vickers annonce à l’automne dernier son désengagement. «Nous l’avons sauvé, nous l’avons soigné, nous l’avons guéri, c’est le bon moment», annonce le président de Vickers Sir Colin Chandler. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La vente du constructeur automobile britannique Rolls-Royce à l’Allemand BMW marque la fin d’une épopée qui a nourri la fierté britannique. A moins que, comme il en a exprimé l’intention hier, le fan club de Rolls-Royce ne parvienne à empêcher cette «annexion» en réunissant une somme supérieure aux 572 millions de dollars mis sur la table par le constructeur germanique. L’acquisition de Rolls-Royce est, pour ce dernier, le plus beau trophée dans un tableau de chasse bien rempli, qui comprend Rover, Land Rover et les légendaires Mini et MG. Après le passage de Jaguar dans le besace du géant américain Ford, «Rolls» était le dernier fleuron de l’industrie automobile britannique à susciter les convoitises outre-channel. La prestigieuse maison a été créée en 1904 par l’aristocrate Charles Stuart Rolls,...