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Actualités - Chronologie

Les chypriotes-turcs préfèrent le statu quo

L’œil sur les tonneaux rouillés et la tôle ondulée marquant la «ligne verte» qui divise Chypre depuis vingt-quatre ans, Mehmet Ozbada sirote le jus d’oranges que les Chypriotes-turcs ne peuvent exporter vers l’Europe. «Bien sûr, ce serait bien si nous pouvions rejoindre l’Union européenne en même temps que l’autre côté», déclare ce Chypriote-turc de 52 ans, montrant du doigt la ligne de démarcation qui traverse Famagouste (est). «Mais dans ce cas, ils nous retireraient notre sécurité, notre protection par la Turquie», ajoute-t-il. A choisir entre la présence des troupes turques et l’accession à l’UE, M. Ozbada, comme beaucoup d’autres Chypriotes-turcs, opte pour le statut quo. Ce promoteur immobilier garde un souvenir douloureux de la vie sur l’île d’avant 1974. «Oui, nous vivions avec les Grecs mais nous n’étions pas libres», dit-il, racontant comment sa famille a fui son village proche de Famagouste, attaqué par des extrémistes grecs dans les années 60. «Aujourd’hui, nous pouvons sortir le soir sans nous demander si des tireurs embusqués vont nous tirer dessus, ajoute-t-il. Nous, les Turcs, nous voulions la paix sur l’île et maintenant nous l’avons». Des violences ethniques avaient éclaté à Chypre peu après son indépendance de la Grande-Bretagne en 1960, les nationalistes grecs poussant au rattachement de l’île à la Grèce. Après une décennie de violences intermittentes et une tentative de coup d’Etat des nationalistes grecs, les troupes turques avaient envahi le nord en 1974, où ils maintiennent depuis 35.000 soldats. «Les Grecs sont toujours les plus nombreux sur l’île, nous avons besoin de la protection de la Turquie», dit M. Ozbada. Mais la Turquie, contrairement à Chypre, n’a pas été invitée à rejoindre l’UE dans un avenir proche. Si les négociations de l’UE avec la république de Chypre, qui commencent aujourd’hui mardi, aboutissent à l’adhésion de la partie grecque de l’île, M. Ozbada est favorable à l’intégration du nord à la Turquie. Ressentiment Des agriculteurs du village proche d’Acheritou (Guvercinlik en turc), réunis au café, partagent ce sentiment. «Si les troupes turques partent, notre sort sera scellé, l’autre côté ne veut pas la paix, ils veulent davantage», déclare le maire, Yusuf Cil, 58 ans. La route traversant Acheritou, un village de 800 âmes à une dizaine de km de la côte est, se termine brusquement au-delà des dernières maisons, à l’entrée d’un camp militaire. La ligne de démarcation passe par là et les villageois d’Acheritou apprécient la présence du camp. Ils se souviennent d’avoir dû fuir le village durant les violences des années 60. «Tant qu’il y a une frontière entre nous, nous vivons en bon voisinage, dit M. Cil tandis que ses concitoyens opinent du chef. Enlevez la frontière et il y aura des troubles». Tous éprouvent du ressentiment contre l’UE et particulièrement la Grande-Bretagne, à qui beaucoup de Chypriotes-turcs reprochent toujours de n’avoir pas rempli son rôle de garante de la république pluri-ethnique de Chypre. «Il y a longtemps que nous n’attendons plus un traitement équitable des Britanniques, dit le maire. Mais pourquoi l’Europe prend-elle toujours le parti de la Grèce?» Cet avis est aussi celui d’Ahmet Aykac, un commerçant de Nicosie-nord d’une quarantaine d’années, qui vend des ustensiles de cuisine importés de Bulgarie et de Turquie. «Seule la Turquie est de notre côté», note-t-il. Dans ses affaires, M. Aytac ressent douloureusement l’effet de l’embargo commercial imposé à la République turque de Chypre du Nord (RTCN) proclamée unilatéralement par les Chypriotes-turcs en 1983 et reconnue uniquement par Ankara. «L’économie est fichue ici, dit-il. Personne n’investit car l’avenir est trop incertain». (AFP)
L’œil sur les tonneaux rouillés et la tôle ondulée marquant la «ligne verte» qui divise Chypre depuis vingt-quatre ans, Mehmet Ozbada sirote le jus d’oranges que les Chypriotes-turcs ne peuvent exporter vers l’Europe. «Bien sûr, ce serait bien si nous pouvions rejoindre l’Union européenne en même temps que l’autre côté», déclare ce Chypriote-turc de 52 ans, montrant du doigt la ligne de démarcation qui traverse Famagouste (est). «Mais dans ce cas, ils nous retireraient notre sécurité, notre protection par la Turquie», ajoute-t-il. A choisir entre la présence des troupes turques et l’accession à l’UE, M. Ozbada, comme beaucoup d’autres Chypriotes-turcs, opte pour le statut quo. Ce promoteur immobilier garde un souvenir douloureux de la vie sur l’île d’avant 1974. «Oui, nous vivions avec les...