Les Chypriotes-grecs entament lundi un processus d’adhésion à l’Union Européenne qui, perçu pour accélérer un règlement politique avec les Chypriotes-turcs, semble compromettre, du moins dans l’immédiat, toute perspective de réunification de l’île divisée depuis 24 ans. Les négociations d’adhésion, qui ont d’ores et déjà suscité des réserves de la part de certains pays de l’UE, «seront très difficiles», a admis un haut responsable chypriote-grec à Nicosie. «A court terme, nous n’attendons rien» des négociations avec l’UE tant que le statu-quo persistera dans l’île divisée en deux secteurs — grec et turc — depuis l’intervention de l’armée turque dans le nord de Chypre en 1974, a-t-il déclaré sous couvert de l’anonymat. La République de Chypre, seule reconnue par la communauté internationale, a longtemps tablé «sur son projet d’adhésion à l’EU pour promouvoir un règlement politique au problème de l’île», au point mort depuis plusieurs années en dépit de multiples médiations internationales, a rappelé le responsable. L’annonce en décembre par l’UE du lancement de son processus d’élargissement à Chypre et à cinq pays est-européens, dont a été exclue la Turquie, a semblé éloigner cette perspective de règlement. Les Chypriotes-turcs ont radicalisé leur position: refus de reprendre les négociations de paix parrainées par l’ONU, menace d’intégration à la Turquie et insistance pour une reconnaissance internationale de leur «République turque de Chypre du Nord» (RTCN), dirigée par Rauf Denktach et reconnue seulement par Ankara depuis 1983. «Nous espérons qu’ils finiront par accepter notre invitation à se joindre à notre délégation aux négociations avec l’UE», a indiqué le responsable chypriote-grec. Cette offre a été fermement rejetée par M. Denktach qui réclame un statut d’«égal à égal». Tout en se disant «pas très optimiste», ce responsable estime que «l’amorce du processus d’adhésion à l’UE va créer de nouvelles donnes». Celles-ci pourraient, «à moyen terme, convaincre» les Chypriotes-turcs «de s’arrimer à ce processus, dont ils auront tout à gagner» en raison notamment de la précacité de leur économie. «Les Chypriotes-turcs en seront les principaux bénéficiaires sur le plan économique», a estimé un diplomate européen basé à Nicosie. Selon lui, «le processus d’adhésion de Chypre pourrait constituer le catalyseur d’un règlement politique dans l’île». «D’autant, a-t-il ajouté, que ce processus serait long, pour n’aboutir dans le meilleur des cas que vers l’an 2002 ou 2003, ce qui offre une marge de temps de nature à favoriser un tel règlement». «Entre-temps, notre politique en Europe sera d’attendre et de voir», a poursuivi le diplomate, sceptique. Un tel scepticisme a été exprimé publiquement par le président français Jacques Chirac qui déclarait, le 12 mars à Londres, que si Chypre avait «vocation» à adhérer à l’UE, celle-ci n’avait «pas vocation à prendre un morceau de Chypre et à intégrer des conflits qui ne sont pas les siens». «Nous sommes conscients des difficultés, mais les négociations avec Bruxelles peuvent nous aider politiquement à résoudre le problème de l’île», a commenté le haut responsable chypriote-grec. «Les attentes de Nicosie sont surtout d’ordre politique», conclut-il, estimant le coût de l’adaptation de l’économie chypriote aux normes européennes à quelques 600 millions de dollars. (AFP)
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