Les Rwandais sont étonnés de la visite aujourd’hui du président américain dans leur «petit pays perdu au cœur de l’Afrique», et ne comprennent pas vraiment les raisons de cette venue en dépit de la campagne médiatique organisée par le gouvernement. Lors d’une conférence de presse gouvernementale, une journaliste rwandaise demandait au ministre des Affaires étrangères: «Mais comment avez-vous fait pour faire rentrer notre petit pays dans l’agenda du président des Etats-Unis?» Un autre interrogeait: «Qu’attendent les USA de ce passage au Rwanda?» La réponse, très officielle, reprenait les communiqués des autorités: «C’est une nouvelle expression de solidarité des USA avec le peuple rwandais après le génocide de 1994». Cette visite «sera un message clair au monde entier que ce génocide (qui a fait en 1994 entre 500.000 et 800.000 victimes parmi les Tutsis et les Hutus modérés) est simplement inacceptable. Ce sera une réaffirmation de l’esprit «plus jamais ça»», précisait le 13 mars dernier un communiqué émanant de la présidence de la République rwandaise. Un message repris in extenso cette semaine sur les ondes de Radio-Rwanda (officielle), par l’ambassadeur des Etats-Unis au Rwanda, Robert E. Gribbin. Egalement interviewé par l’hebdomadaire rwandais The New Times du 21 mars, M. Gribbin a ajouté une dimension économique à cette visite, soulignant que «le continent africain connaît une lente émergence économique, mais son importance ne pourra plus être ignorée très longtemps». «La visite du président doit encourager les Africains à maintenir cette tendance et à établir de bonnes relations avec le continent», a-t-il ajouté. Mais interrogé sur la manière dont se manifestera l’intérêt américain en terme d’investissement, l’ambassadeur a répondu que les investisseurs seront intéressés par le Rwanda tant que les règles seront «simples, claires et équitables pour tous». «Nous ne sommes pas un marché intéressant pour les Etats-Unis. Rien que la ville de New York consomme 1.000 fois plus de Coca que nous», a déclaré Tito Rutaremara, président du groupe FPR (Front patriotique rwandais) au Parlement rwandais. «Prier le Bon Dieu…» Interrogé sur le sens politique de cette visite, Tito Rutaremara, considéré comme le maître à penser du FPR, a répondu que «le Rwanda ne peut pas se considérer comme l’allié des USA, nous ne comptons pas. A-t-on déjà vu un éléphant s’allier avec une mouche? On prie seulement le Bon Dieu pour qu’il ne nous écrase pas. Les USA, en tant que grande puissance, interviennent quand il y a un problème, et nous on se tait pour qu’ils ne nous écrasent pas». Certains sont pourtant critiques sur cette courte visite. «Le Haut commissaire aux droits de l’homme, Mary Robinson, est restée quatre jours et elle avait fait plusieurs voyages au Rwanda en tant que présidente d’Irlande, et on a dit qu’elle n’était pas restée assez longtemps pour comprendre le Rwanda. Madeleine Albright est restée six heures et on lui a fait le même reproche. Clinton, lui, va rester deux heures, et l’on attend de lui qu’il règle la sécurité dans la région des Grands Lacs…», a déclaré un observateur onusien. Pourtant, dans les rues de Kigali, la capitale rwandaise, la visite de Bill Clinton est dans toutes les bouches. «C’est bien qu’il vienne, nous on aime Clinton parce qu’il n’a pas participé au génocide», déclare une Rwandaise. «Clinton est très populaire ici et on est content qu’il passe», affirme un commerçant. «Moi, j’aurai bien aimé le voir, mais il va rester à l’aéroport, alors c’est difficile», affirme un chauffeur de taxi. Le président Clinton ne restera au Rwanda que deux heures, sans sortir de l’aéroport de Kanombe. La raison officielle tient dans les structures hôtelières de Kigali insuffisantes pour accueillir la caravane présidentielle. Le 25 mars, le président américain doit rencontrer le président de la République, Pasteur Bizimungu, et le vice-président, Paul Kagame. Il doit également s’entretenir avec des rescapés du génocide et déposer une gerbe sur un monument commémorant le génocide. (AFP)
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