Des francs-maçons polonais contestent un projet de l’Église catholique de construire à Varsovie un monumental Temple de la Providence Divine dont l’édification avait été décidée en 1791, mais empêchée par les partages de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. La Diète polonaise, dominée par la droite catholique, a apporté son soutien à la construction de ce temple, «symbole de la reconnaissance de la nation pour la liberté retrouvée en 1989, pour le XXe anniversaire du pontificat de Jean-Paul II, et pour 2000 ans de christianisme», selon la résolution, adoptée par 234 voix contre 20 et moins 72 abstentions. Cependant, les francs-maçons polonais qui revendiquent la paternité du projet, dénoncent «l’appropriation» par l’Église catholique de ce symbole qui devait être, selon la déclaration du Parlement polonais du XVIIIe siècle, «un ex-voto de tous les États» de Pologne pour la première Constitution démocratique polonaise, adoptée le 3 mai 1791. «Il s’agissait pour les législateurs de l’époque, et pour le roi Stanislas Auguste Poniatowski, lui-même un franc-maçon, d’édifier un temple œcuménique», a affirmé Adam Wysocki, un responsable du Grand Orient de Pologne et rédacteur en chef de la revue Wolnomularz Polski (Franc-maçon polonais). Ce n’est pas par hasard, selon lui, que la déclaration de la Diète de 1791 avait parlé d’une «église de la Providence Suprême», sans évoquer Dieu. Le roi a lui-même apposé la première pierre de cette construction, le 3 mai 1792, en bordure du parc de Lazienki abritant sa résidence d’été. Assisté de douze hommes en tabliers de maçon, le roi s’est servi d’une truelle et d’un marteau dorés, symboles maçonniques. Projet déformé Abandonnée à la fin du XVIIIe siècle, l’idée de construire ce temple a été reprise après la guerre de 1914-18, qui avait permis au pays de retrouver l’indépendance, mais n’a pas été réalisée à cause de la Seconde Guerre mondiale et de l’avènement du communisme en Pologne. Pour la franc-maçonnerie polonaise, l’initiative du cardinal-primat de Pologne Jozef Glemp «déforme le projet initial qui devrait symboliser la tolérence, par son caractère supra-confessionnel». M. Wysocki fait valoir qu’il existe déjà à Varsovie une église de la Providence Divine, solennellement consacrée en 1976 par le cardinal-primat de l’époque, Mgr Stefan Wyszynski. La première pierre de cette église avait été offerte par le pape Paul VI, et Mgr Wyszynski avait aussi évoqué à cette occasion l’accomplissement du vœu de la Diète de 1791. De son côté, le porte-parole de l’Épiscopat polonais, le père Adam Schulz, s’est félicité vendredi du soutien du Parlement à la construction du nouveau Temple de la Providence Divine. «Cette décision prouve qu’il existe un large appui au sein de différents groupes sociaux et politiques, pour l’idée de Mgr Glemp», a-t-il dit. La résolution de la Diète n’est que «l’expression d’un soutien spirituel» à cette œuvre, a précisé le porte-parole du groupe parlementaire AWS-Solidarité (au pouvoir), Piotr Zak. La nouvelle église monumentale doit être construite en bordure de Wilanow, un quartier chic de Varsovie, en face d’un château du roi Jean III Sobieski datant du XVIIe siècle. Avec les bâtiments annexes, l’église occupera quelque 6 hectares et sa construction doit être financée grâce aux dons de fidèles. Sa première pierre pourrait être posée par le pape Jean-Paul II, lors de son pèlerinage en Pologne en juin prochain.
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