Les Etats-Unis, à quelques jours d’une visite du président Bill Clinton en Afrique noire, ont appelé le président de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), Laurent-Désiré Kabila, à libérer «immédiatement» les opposants détenus, dont Etienne Tshisekedi, et à autoriser les partis politiques. L’appel a été lancé par une haute responsable du gouvernement américain, qui a requis l’anonymat, peu avant le départ de M. Clinton pour une tournée de onze jours dans six pays au sud du Sahara, au cours de laquelle il devrait rencontrer M. Kabila à Entebbe (Ouganda) lors d’un sommet régional des responsables d’Afrique centrale et orientale. Cette responsable a indiqué que M. Kabila avait été invité à assister à ce sommet, qui se tiendra le 25 mars, et que les Etats-Unis tablaient sur sa présence. Cette journée du 25 mars s’annonce comme l’un des moments forts du voyage, puisque M. Clinton effectuera dans la matinée une brève visite d’un peu plus de trois heures sur l’aéroport de Kigali. Il devrait y rencontrer en privé des survivants du génocide de 1994 au Rwanda et prononcer une allocution. Les questions du respect des droits de l’homme et de la démocratisation devraient tenir une place importante lors du sommet d’Entebbe, notamment en ce qui concerne la RDC, où M. Kabila a pris le pouvoir en mai 1997 après en avoir chassé Mobutu Sese Seko. Plusieurs changements sont «nécessaires pour que le processus de démocratisation se poursuive d’une façon crédible» en RDC, a poursuivi cette haute responsable américaine. Les Etats-Unis, a-t-elle encore déclaré, sont «préoccupés» par plusieurs événements, «notamment l’arrestation de Tshisekedi, ainsi que le maintien de l’interdiction des partis politiques et d’autres choses». Etienne Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a été arrêté le 13 février dernier sur ordre du président Kabila, et relégué dans son village d’origine du Kasaï oriental, au centre de la RDC. Quant aux partis politiques, le président Kabila les a suspendus dès son arrivée au pouvoir pour toute la durée de la transition, qui doit théoriquement aboutir à des élections générales en 1999. «Immédiatement» «Nous espérons vraiment que le président Kabila prendra immédiatement les mesures» qui permettront de remédier à ces problèmes, a-t-elle poursuivi, soulignant que Washington souhaitait «la libération des prisonniers politiques», pas seulement celle du plus connu d’entre eux. «Immédiatement», a-t-elle répété, pour bien montrer que les Etats-Unis attendaient de telles mesures avant le sommet d’Entebbe. Le gouvernement américain avait été critiqué après la visite à Kinshasa en décembre du secrétaire d’Etat Madeleine Albright, celle-ci s’étant abstenue de faire le moindre reproche public à M. Kabila en matière de droits de l’homme et de libertés politiques. L’arrestation de M. Tshisekedi et la perspective de la première visite en Afrique de M. Clinton ont visiblement accru la nécessité pour la Maison-Blanche d’obtenir des concessions de M. Kabila, bien que les Etats-Unis soient très réticents à le critiquer ouvertement. Interrogé sur le message de M. Clinton à M. Kabila, cette responsable a indiqué que le président américain lui parlerait «très clairement». La visite éclair de Kigali, ajoutée au dernier moment, s’annonce également délicate, dans la mesure où les Etats-Unis avaient joué un rôle clé dans le refus de la communauté internationale d’intervenir militairement en 1994 pour stopper le bain de sang qui avait coûté la vie à plus d’un demi-million de personnes, en majorité d’ethnie tutsie. L’escale est destinée à montrer «que les Etats-Unis sont autant préoccupés par le génocide en Afrique que par le génocide n’importe où dans le monde», a assuré cette responsable. Tout en reconnaissant qu’il existait encore au Rwanda «des atteintes importantes aux droits de l’homme», elle a aussi estimé que le gouvernement tutsi de Kigali prenait «des mesures importantes et significatives pour remédier de son mieux à ces atteintes ». (AFP)
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