«Dans nos brasiers, ma mère jetait les cônes de pins pour masquer avec leur encens les tâches de suie et l’odeur de la cendre. Dans les sillons de notre terre, ma mère plantait des bouquets de narcisses pour ériger un bouclier gardant notre porte de l’invasion des ronces et des buissons. Et pour que nos robes soient en fête, elle piquait son aiguille pour faire jaillir de la camomille, des papillons et des couleurs…». ****** «La porte de notre demeure était en ce temps-là prétexte à une toile défiant les saisons; elle fleurissait en marge des rendez-vous des saisons, elle bourgeonnait et livrait ses fruits avant la cueillette même…» ****** «Je revois ma mère se déchaussant sous le noyer et plongeant ses pieds dans les eaux froides et torrentielles du fleuve. Puis elle levait bien haut la tête et offrait sa poitrine au parfum de l’écorce des arbres et respirait à pleins poumons les effluves de son enfance…». ****** «À côté de l’amandier le mortier livre ses rafales de folie. Je m’accroche à ce qui reste de solide dans mon corps. Je m’accroche à ma pensée pour qu’elle ne me trahisse pas. Je m’accroche à mon cœur pour que ses battements fous ne s’éparpillent hors de sa cage. Je croise mes doigts, je les triture, j’emprisonne mon sang dans mes veines pour qu’il ne fuse et devienne cendre…». «Février s’est travesti avec le masque de la mort. Ses arbres sont désormais des fantômes grisâtres qui n’abritent plus les oiseaux. Les oiseaux vont là où est la vie»…
«Dans nos brasiers, ma mère jetait les cônes de pins pour masquer avec leur encens les tâches de suie et l’odeur de la cendre. Dans les sillons de notre terre, ma mère plantait des bouquets de narcisses pour ériger un bouclier gardant notre porte de l’invasion des ronces et des buissons. Et pour que nos robes soient en fête, elle piquait son aiguille pour faire jaillir de la camomille, des papillons et des couleurs…». ****** «La porte de notre demeure était en ce temps-là prétexte à une toile défiant les saisons; elle fleurissait en marge des rendez-vous des saisons, elle bourgeonnait et livrait ses fruits avant la cueillette même…» ****** «Je revois ma mère se déchaussant sous le noyer et plongeant ses pieds dans les eaux froides et torrentielles du fleuve. Puis elle levait bien haut la tête et offrait...
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