Il avait fait pleurer Tintin dans «Le Lotus Bleu»: Tchang Tchong-Jen, qui a inspiré à Hergé le personnage de Tchang, est mort à l’âge de 93 ans à la Maison des artistes de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne. Sculpteur et peintre, Tchang vivait depuis 1985 en France, où il avait notamment modelé le buste de François Mitterrand et celui de son ami Hergé, pour le musée de la Bande dessinée d’Angoulême. C’est à Bruxelles, en 1934, que ce Chinois de Shanghaï rencontre le jeune dessinateur belge Georges Remi, dit Hergé. Tchang a 27 ans et étudie depuis trois ans à l’Académie royale des Beaux-Arts. Très vite, l’aquarelliste aux talents déjà reconnus dans son pays a bifurqué vers la sculpture, sur les traces de son père. Sa collaboration avec Hergé n’est pas le fruit du hasard. L’auteur des «Cigares du pharaon» a déjà annoncé son intention d’envoyer Tintin dans l’Extrême-Orient mystérieux. Un certain abbé Gosset, aumônier des étudiants chinois à l’Université de Louvain, le conjure alors de s’adjoindre un conseiller, pour éviter les stéréotypes racistes qui marquaient le précédent «Tintin au Congo». Ce conseiller, c’est Tchang, qui fait naître chez Hergé un souci documentaire tout neuf. En ami, il lui fait découvrir l’actualité chinoise à travers ses propres souvenirs et participe même directement au dessin, en traçant tous les idéogrammes chinois du décor, qui sont autant de slogans anti-impérialistes ou anti-japonais. En hommage, Hergé en fait un petit Chinois sauvé de la crue du Yang-zi et le seul véritable ami de Tintin. «Pour moi, jusqu’alors, la Chine était peuplée de vagues humanités aux yeux bridés», avouera Hergé, «de gens très cruels qui mangeaient des nids d’hirondelles, portaient une natte et jetaient les petits enfants dans les rivières...» Réaliste et sentimental La guerre et la vie vont séparer les deux hommes. En 1958, «’Tintin au Tibet’ sera dessiné comme un hommage à un personnage disparu, dont Hergé ne sait plus rien», précise Frédéric Soumois, dans Dossier Tintin. Dès 1935, Tchang est reparti en Chine, après avoir raflé tous les prix de l’Académie (médaille de la ville de Bruxelles, médaille du roi Albert). Pris dans la guerre sino-japonaise, la guerre mondiale, la Révolution culturelle, il va rester quarante années dans son pays, et connaître l’isolement et la terreur des années 60, jusqu’à sa réhabilitation comme directeur des Beaux-Arts de Shanghaï. Hergé ne retrouve sa trace qu’à la fin des années 70 et leurs retrouvailles ont lieu à Bruxelles, en 1981, deux ans avant la mort d’Hergé. Trois ans plus tard, Tchang s’installe avec sa fille en France, accueilli avec les honneurs à l’invitation du ministre de la Culture, Jack Lang. En 1989, l’artiste octogénaire confiait: «D’un continent à l’autre, à travers les années, en passant par la Révolution culturelle, je n’ai pas changé (...) Mon style est resté le même, réaliste et sentimental, d’une esthétique plus européenne que chinoise, mais empruntant pour la technique à la calligraphie chinoise, un coup franc, un seul, de la main sur la terre, sans retouche, comme on fait avec un pinceau». L’ancien ministre français de la Culture de François Mitterrand a salué la mémoire de l’artiste. «Je garde le souvenir d’un homme modeste et courageux, vif et généreux. Il est pour moi l’un des symboles les plus forts de la dignité face aux épreuves du grand peuple chinois», a souligné Jack Lang dans un communiqué.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il avait fait pleurer Tintin dans «Le Lotus Bleu»: Tchang Tchong-Jen, qui a inspiré à Hergé le personnage de Tchang, est mort à l’âge de 93 ans à la Maison des artistes de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne. Sculpteur et peintre, Tchang vivait depuis 1985 en France, où il avait notamment modelé le buste de François Mitterrand et celui de son ami Hergé, pour le musée de la Bande dessinée d’Angoulême. C’est à Bruxelles, en 1934, que ce Chinois de Shanghaï rencontre le jeune dessinateur belge Georges Remi, dit Hergé. Tchang a 27 ans et étudie depuis trois ans à l’Académie royale des Beaux-Arts. Très vite, l’aquarelliste aux talents déjà reconnus dans son pays a bifurqué vers la sculpture, sur les traces de son père. Sa collaboration avec Hergé n’est pas le fruit du hasard. L’auteur des...