Slobodan Milosevic a lâché du lest en faisant des concessions à l’Occident sur le Kosovo, mais il a laissé en même temps à ses alliés ultranationalistes le soin d’étouffer la presse indépendante au nom de la raison d’État. En quelques heures, dans la nuit de mardi à mercredi, deux quotidiens indépendants, Dnevni Telegraf et Danas, ont été interdits «provisoirement» de publication et leurs locaux ont été scellés par la police sur ordre du ministère serbe de l’Information. Ce ministère est dirigé par Aleksandar Vucic, un haut responsable du Parti radical (SRS, extrême-droite) du vice-Premier ministre Vojislav Seselj. Il leur est reproché d’avoir «violé» un arrêté gouvernemental en date du 8 octobre interdisant la publication de textes «portant atteinte aux intérêts du pays, suscitant la peur, la panique et le défaitisme», à un moment où la Yougoslavie est «exposée à des menaces d’attaques armées de l’Otan». Deux textes publiés par Dnevni Telegraf, intitulés «L’Otan donne son feu vert pour des attaques» et «Les négociations achoppent sur le déploiement de troupes», ainsi qu’un commentaire sur l’arrêté gouvernemental, ont été invoqués comme motifs de l’interdiction du journal, a indiqué son rédacteur en chef, Slavko Curuvija. Auparavant, des inspecteurs du ministère et des policiers étaient venus sceller les locaux de Danas. La raison invoquée était la publication par ce journal d’une lettre de M. Vucic avertissant la rédaction que ses écrits «suscitent la peur, la panique et le défaitisme». Le ministère soulignait qu’il était interdit de publier son avertissement. Un troisième quotidien indépendant, l’influent Nasa Borba, est lui aussi menacé d’interdiction. Nasa Borba a publié mercredi un avertissement que lui a adressé M. Vucic à la suite de la publication par le journal d’une série de commentaires jugés subversifs. L’auteur de l’un de ces articles estimait que c’est le pouvoir qui fait preuve de «défaitisme» en admettant que «la Yougoslavie ne peut pas faire la guerre à l’Otan». Un autre article émettait l’opinion que des frappes de l’Otan serviraient aussi bien Bill Clinton que Slobodan Milosevic et leur permettraient de renforcer leur pouvoir. L’arrêté gouvernemental interdit d’une manière générale la reproduction ou la diffusion de programmes ou de textes, notamment étrangers, «influant négativement sur la disponibilité des citoyens à sauvegarder l’intégrité» du pays. Il vise en particulier les stations de radio qui assuraient la retransmission de programmes en serbe de radios internationales telles que la Voix de l’Amérique, la BBC, Radio Free Europe et Deutsche Welle. «Nous empêcherons toutes les officines d’espionnage (occidentales) de faire de la propagande par le truchement de nos médias», avait averti jeudi dernier M. Seselj. Les radios concernées se sont aussitôt conformées au règlement. Dimanche dernier, M. Vucic avait indiqué que l’arrêté serait abrogé «lorsque les menaces d’intervention armée auront cessé définitivement». Or, le président Milosevic a annoncé mardi dans une adresse à la nation que les accords sur le Kosovo obtenus après neuf jours de pourparlers avec l’émissaire américain Richard Holbrooke «écartent le danger d’une intervention militaire» de l’Otan. Veran Matic, président de l’Association des médias électroniques indépendants (ANEM) et rédacteur en chef de la radio B-92, a indiqué avoir demandé au gouvernement la levée immédiate de toutes les restrictions imposées à la presse, puisque «les raisons qui les ont motivées ont disparu». Dans le cas contraire, les radios membres de l’ANEM reprendront la retransmission des programmes des radios internationales, a-t-il affirmé sur les ondes de B-92.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Slobodan Milosevic a lâché du lest en faisant des concessions à l’Occident sur le Kosovo, mais il a laissé en même temps à ses alliés ultranationalistes le soin d’étouffer la presse indépendante au nom de la raison d’État. En quelques heures, dans la nuit de mardi à mercredi, deux quotidiens indépendants, Dnevni Telegraf et Danas, ont été interdits «provisoirement» de publication et leurs locaux ont été scellés par la police sur ordre du ministère serbe de l’Information. Ce ministère est dirigé par Aleksandar Vucic, un haut responsable du Parti radical (SRS, extrême-droite) du vice-Premier ministre Vojislav Seselj. Il leur est reproché d’avoir «violé» un arrêté gouvernemental en date du 8 octobre interdisant la publication de textes «portant atteinte aux intérêts du pays, suscitant la peur, la...