De nouvelles confrontations sont «inévitables» avec le président yougoslave Slobodan Milosevic qui ne manquera pas de créer des difficultés aux Occidentaux lors de la mise en œuvre de l’accord arraché mardi, ont estimé des experts militaires à Londres. Les deux camps ont sauvé la face, Slobodan Milosevic se posant déjà en sauveur de la Nation qui a évité les frappes aériennes et résisté aux pressions internationales, tandis que l’Otan peut assurer que sa stratégie de menace militaire a payé, ont relevé mardi plusieurs experts devant la presse. Mais le travail des 2.000 hommes de l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe (OSCE) qui seront envoyés sur le terrain promet d’être ardu, ont-ils estimé. Le président yougoslave pourrait leur créer des difficultés d’accès et gêner ainsi leur mission de vérification, de la même manière que le président irakien Saddam Hussein a mis des obstacles à l’équipe d’inspection de l’ONU chargée de vérifier le désarmement de l’Irak. «Dans six mois, tout recommencera», a averti Michael Clarke, directeur du Centre d’études sur la Défense. «Ce qui s’est passé cette nuit est avant tout une victoire pour Milosevic. Il peut à nouveau jeter les dés, peut-être même dès la semaine prochaine», a-t-il ajouté. La mainmise du président yougoslave sur les media de son pays auxquels il a interdit de relayer les émissions des radios internationales signifie aussi «qu’il peut présenter les choses de la façon qui lui convient», a rappelé Michael Clarke. «Comme le président irakien, il se sent bien dans les crises. C’est un médiocre stratège (à long terme) mais un excellent tacticien (à court terme) et il est très capable de gérer une succession de crises», a-t-il ajouté. «La stratégie de Milosevic est de survivre», a souligné de son côté le colonel Terence Taylor, l’un des responsables de l’IISS (International Institute for Strategic Studies). Jonathan Eyal, directeur du Royal United Services Institute, un organisme indépendant spécialisé dans les questions de Défense, estime aussi que l’application de l’accord sur le terrain sera difficile : «Si l’Otan veut effectuer des survols du territoire yougoslave, la menace ne sera pas prise au sérieux par Belgrade car au même moment il y aura 2.000 personnes sur le terrain», a-t-il souligné. «Milosevic n’a pas besoin d’être Einstein pour le savoir». Les experts s’inquiètent aussi des risques de voir faiblir avec le temps le consensus dans le camp occidental, qui a mis des mois pour surmonter ses divergences avant de voter lundi soir un ordre d’activation des forces de l’Otan. «Les coalitions internationales s’affaiblissent avec le temps et quand le problème se représentera, le consensus sera plus lâche», estime Michael Clarke. D’autant plus que le problème de l’opposition de la Russie à toute intervention militaire n’est pas résolu. «L’Occident, en particulier les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont décidé de mettre le problème de côté. Et ils n’ont pas répondu à la question de l’avenir de la défense européenne», a estimé Jonathan Eyal.
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