Les amateurs de l’équipe nationale de football andorrane risquent d’être impressionnés mercredi soir: ils affrontent les champions du monde français dans un Stade de France qui compte plus de places (80.000) que leur principauté a d’habitants (66.000). Quant aux vedettes de la sélection andorrane, leur réputation n’a guère dépassé les limites de la principauté. L’avant-centre de l’équipe, Génis Garcia Iscla, 20 ans, est gardien de la paix. Le gardien de cette formation, José-Luis Alvarez, 28 ans, travaille dans une entreprise andorrane de messageries. L’un des attaquants de pointe, Emiliano Gonzalez-Arquez, d’un an son aîné, est facteur à Andorre-la-Vieille. Le capitaine, Jésus Lucendo-Hérédia, 28 ans aussi, «fait du commerce de tabac dans la montagne. C’est pour ça qu’entre nous, pour s’amuser, on l’appelle le contrebandier», précise le sélectionneur entraîneur national de cette joyeuse bande de copains, Manoel Miluir. À l’âge de 50 ans, Manoel Miluir, tout droit venu de ses plages brésiliennes natales, n’en est plus à un paradoxe près. «Dans mon pays, j’ai joué dans de bonnes équipes dont le Vasco de Gama, puis j’ai entraîné des jeunes. C’est sûr qu’ici, ça me change des favelas». «Ici», c’est la principauté d’Andorre, un paradis fiscal de 465 km2 niché contre les Pyrénées, à mi-chemin de la France et l’Espagne. «Ici, disent les mauvaises langues, le sport national, c’est le maniement du tiroir-caisse», ajoute Miluir, dans une fine allusion au fait que la principale activité des 66.000 Andorrans repose sur le négoce hors taxe et le tourisme furtif. Les Andorrans se sont pourtant offert une fédération de football en juillet 1994, qui fonctionne dans des trois pièces du centre ville d’Andorre-la-Vieille et qui est affilié à la FIFA depuis juillet 1996. Une vraie fédération, donc, avec un président bénévole, Francesc Vila, entrepreneur de bâtiment dans le civil, et un terrain officiel, le seul d’ailleurs, vu la difficulté de trouver un terrain plat, et sans magasin dessus, au beau milieu de la montagne. «C’est vrai que notre terrain est petit, mais il est homologué», prévient fièrement l’entraîneur-selectionneur. «Au Stade de France, ça va nous changer. Avec de l’herbe rase et de la terre stabilisée, les ballons risquent d’aller plus vite et le terrain fait 11 mètres de plus en longueur. On a calculé». Pour préparer ce défi lancé aux champions du monde en titre, les Andorrans d’ailleurs, n’ont rien laissé au hasard. Depuis 15 jours, ils s’entraînent deux soirs, au lieu d’un, par semaine, après la fermeture des magasins. Miracles Mardi dernier, à 21 heures, ils étaient 18 à s’entraîner sous une pluie battante. Du haut de ses 800 mètres d’altitude, le championnat andorran cesse en effet toute forme d’activité durant les trois mois d’hiver. «Vous y ajoutez les 3 mois de vacances d’été, ajoute le Brésilien, et vous comprendrez pourquoi on regroupe les matchs de championnat le dimanche. Et encore, on n’a que 13 clubs». En matière de potentiel, c’est l’humain qui fait le plus défaut au sélectionneur. «On a près de 1.000 joueurs affiliés à la Fédération, mais seulement 50 de nationalité andorrane, ajoute Manoel Miluir. Donc 32 joueurs sélectionnables à la rigueur. En fait, je table sur un groupe de 18 joueurs. Cinq d’entre eux, les seuls pros, jouent en D2 en Espagne ou au Portugal. Ils ne sont donc pas toujours disponibles pour les entraînements». «Pour le reste, on se débrouille, précise le défenseur Richard Imbernon. Comme on va jouer en France, les autorités nous cajolent. Du coup, ce soir par exemple, on a toute la lumière». Économies obligent, le XI andorran ne dispose en effet le plus souvent que de la moitié des projecteurs pour ses entraînements. Le président de la Fédération, Francesc Vila, admet lui aussi le «manque d’affection des Andorrans pour leur équipe de football». «Mais ca viendra sûrement, surtout avec ces matchs européens. La France, c’est une grosse affiche. Au printemps, avant la Coupe, on a joué en amical contre le Brésil. Ici, ça commence à se savoir qu’on existe». Richard Imbernon se souvient encore de son match contre Bebeto et Ronaldo. «D’accord, on a perdu 3-0, dit-il. Mais on a aussi perdu nos complexes. Face à la France, nous ne sommes pas favoris bien sûr. Et eux vont chercher à marquer à tout prix, pour soigner leur goal average. Mais comme on a une bonne défense, on peut toujours croire au miracle en cas de contre-attaque». En matière de miracles, sur 11 matchs amicaux internationaux déjà disputés, le XI andorran a enregistré 8 défaits, un nul et deux victoires. La première (6-1) contre l’Estonie en novembre 1996 et la seconde (1-0) contre Celik Zénica en février 1997. Pour son premier bain européen, Andorre n’est pas tombée sur un groupe «difficile», avec l’Arménie, l’Islande, la Russie, l’Ukraine et la France. Mais les Andorrans sont lucides, la parie est perdue d’avance. «Mais on aura fait des beaux voyages» se console l’entraîneur qui croit deviner qu’il est payé «100 fois moins sans doute que son homologue français». Quant aux joueurs, ils se régalent déjà de leur déplacement en terre parisienne, «rien que pour voir le Stade depuis la pelouse».
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