Bien avant que la science ne vienne poser des jalons et implanter son propre regard, on savait que la forte émotion, la grande perturbation affective, l’angoisse comme la panique influent négativement sur la mémoire. Tous ces états de tension nerveuse affectent, à des degrés différents, selon les individus et les circonstances, l’accès aux souvenirs. Les exemples de ce phénomène sont très nombreux dans la vie quotidienne, mais aux yeux de la science ce n’est que maintenant que les «inhibitions mnémoniques» ont droit à des études approfondies afin de décrypter leur mécanisme et suivre leur évolution. Pour l’instant, d’importants travaux de recherche s’effectuent sur des rats, mais des essais sont en cours pour vérifier dans quelle mesure le stress affecte, comme c’est le cas pour l’animal de laboratoire, la mémoire de l’homme. Dans le journal scientifique Nature du 20 août 1998, il est fait état d’une série d’expériences, ayant eu lieu à l’université Irving, de Californie, sous la direction du Pr Dominique de Quervain. Ces travaux, toujours en cours, portent sur les effets du stress sur la mémoire spatiale du rat et le blocage qu’entraîne cet état de l’accès aux souvenirs. Conformément aux premiers résultats des expériences, «le stress expérimental entrave sérieusement l’accès à la mémoire spatiale chez le rat de laboratoire». Par ailleurs, de nombreuses études, concernant l’homme, «démontrent la vulnérabilité des fonctions cognitives», c’est-à-dire, la vie relationnelle et la pensée «confrontées au stress». Il faudrait peut-être rappeler que les fonctions cognitives sont régies par des hormones sécrétées par les glandes surrénales, les glucocorticoïdes. La perturbation de cette sécrétion par une forte tension nerveuse, tel que le stress, se répercute ainsi sur les fonctions cognitives, donc sur le comportement. Jusqu’à très récemment, toutes les études entreprises dans ce domaine étaient orientées vers l’influence des hormones corticoïdes (glucocorticoïdes) sur l’acquisition et l’emmagasinage des informations reçues de l’extérieur. L’équipe américaine a pu pour la première fois démontrer que le stress et les corticoïdes peuvent affecter également l’accès aux coffres de la mémoire. Les expériences que ces chercheurs ont entrepris indiquent que c’est surtout la performance de la mémoire spatiale qui se trouve affectée sous l’effet du stress chez le rat. Trente minutes après un stress provoqué (décharge électrique indolore de deux minutes) survient, chez l’animal, la perturbation de l’orientation dans l’espace. L’effet du stress semble évident, son action négative s’opérant par la voie de la sécrétion des glucocorticoïdes. D’après les chercheurs, les fluctuations de la mémoire dans l’espèce humaine, au cours de la journée, correspondent aux variations de la concentration des stéroïdes naturels contenus dans le sang. Ainsi, soulignent-ils, toute exposition de longue durée au stress professionnel, mais aussi à un long traitement à base de corticoïdes, peut avoir des implications indésirables sur l’accès aux souvenirs, au détriment de l’acuité de la mémoire. A signaler, toutefois, que cette perturbation, une fois les effets du stress disparus, s’estompe spontanément. Les rats de l’expérience retrouvent, quatre heures plus tard, leur habilité de se mouvoir dans l’espace sans perdre leur direction. Serait-il de même pour des humains soumis des années durant à des tensions nerveuses intenses et à un stress incessant. La question est particulièrement pertinente dans ce pays où la population fut si longtemps et si cruellement soumise à pareil régime. D’après les conclusions des travaux américains, les effets autant du stress, mais aussi des corticoïdes pris à long terme, sont négatifs sur la mémoire. La longue exposition au stress entraîne des implications sur l’accès aux souvenirs et il en est de même pour la prise prolongée de corticoïdes, indispensables malheureusement dans certains cas pathologiques. Une situation d’angoisse qui se prolonge, une panique qui se répète libèrent des hormones qui empêchent le retour des souvenirs à la surface de la mémoire.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Bien avant que la science ne vienne poser des jalons et implanter son propre regard, on savait que la forte émotion, la grande perturbation affective, l’angoisse comme la panique influent négativement sur la mémoire. Tous ces états de tension nerveuse affectent, à des degrés différents, selon les individus et les circonstances, l’accès aux souvenirs. Les exemples de ce phénomène sont très nombreux dans la vie quotidienne, mais aux yeux de la science ce n’est que maintenant que les «inhibitions mnémoniques» ont droit à des études approfondies afin de décrypter leur mécanisme et suivre leur évolution. Pour l’instant, d’importants travaux de recherche s’effectuent sur des rats, mais des essais sont en cours pour vérifier dans quelle mesure le stress affecte, comme c’est le cas pour l’animal de...