La réélection du président Fernando Henrique Cardoso laisse la voie libre à un dur ajustement fiscal interne et aux négociations du Brésil avec le FMI, s’accordent à dire les analystes politiques. La victoire de M. Cardoso confirme le soutien de la grande majorité de la population au Plan Réal de stabilisation économique, décidé en 1994, et qui a éradiqué une hyperinflation endémique au Brésil (2.500% en 1994). L’analyste politique Hélio Jaquaribe a déclaré que la réélection du président sortant est «excellente pour le Brésil parce que Cardoso aura toute la capacité pour faire face à la crise». Jaquaribe a ajouté que «le Brésil devra faire des efforts d’ajustement fiscal (pour réduire le déficit interne de 300 milliards de dollars) mais avec Cardoso (réélu) les conditions nécessaires seront réunies pour prendre des mesures efficaces». Mais le Brésil et son Plan Réal — inflation faible, monnaie stable — sont au cœur de la crise financière et aucun pays n’est aujourd’hui plus menacé que le géant économique de l’Amérique latine. Le ministre brésilien des Finances, Pedro Malan, a pourtant répété à Washington qu’il n’y aura aucune dévaluation ou flottement du réal, la monnaie brésilienne. Réélu avec une large marge d’avance sur ses adversaires (27 points d’avance sur Luis Inacio Lula da Silva de la coalition de la gauche, selon IBOPE, Cardoso pourra maintenant adopter de dures mesures d’ajustement pour assainir les comptes du pays qui fragilisent l’économie et la monnaie nationale. Ces mesures ne surprendront pas les Brésiliens: le 23 septembre, en pleine campagne électorale, M. Cardoso les avaient déjà annoncées — sans les détailler — et a demandé des «sacrifices» à la population, un geste pré-électoral peu habituel qui n’a pas empêché sa victoire. Reste à savoir quand vont être annoncées ces mesures d’ajustement qui devront inclure des réductions de dépenses, une augmentation des impôts et le renvoi d’un grand nombre de fonctionnaires. Pedro Parente, ministre des Finances par intérim, a nié cependant que ces mesures soient annoncées lundi. «Il n’y a aucune mesure de prête», a-t-il dit. Il est possible que le président Cardoso attende après le 25 octobre, le second tour des élections générales — qui désignaient aussi gouverneurs, députés, sénateurs et élus locaux — pour les annoncer. Nombre des alliés locaux de M. Cardoso, notamment les gouverneurs, sont en ballottage. Parallèlement, à Washington, les négociations du Brésil avec le FMI doivent entrer cette semaine dans une phase avancée. Le Brésil est considéré comme le terrain où doit se jouer la bataille décisive contre la crise et les risques de son extension en Amérique latine dans un premier temps et aux pays industrialisés ensuite. Cependant cet appui extérieur reste à définir ainsi que le type d’ajustement interne que le FMI exigera du Brésil. Divers secteurs du gouvernement de M. Cardoso prêchent pour que les mesures soient présentées au préalable au Congrès brésilien avant de les soumettre au FMI. «Quoi qu’il arrive, le président Cardoso devra agir rapidement et sans vaciller pour combattre les effets de la crise économique mondiale sur le Brésil», a estimé quant à lui un autre analyste politique, Paulo Kramer. (AFP)
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