Les sociaux-démocrates et les Verts, alliés probables d’un gouvernement de coalition, s’apprêtent à une petite révolution en Allemagne en accordant la double nationalité aux enfants d’immigrés nés dans un pays comptant plus de 7 millions d’étrangers. «Nous rendrons possible la double nationalité», a assuré le futur chancelier Gerhard Schröder au lendemain de la victoire du SPD aux législatives. Les détails restent certes «à discuter», mais son parti a la ferme «volonté» de chambouler le droit de la nationalité, crispé sur des positions conservatrices depuis des années. La majorité démocrate-chrétienne/ libérale du chancelier Helmut Kohl s’est en effet toujours arc-boutée sur le «droit du sang» en refusant obstinément d’accorder la double nationalité aux enfants nés en Allemagne de parents étrangers, tandis que l’Union chrétienne-sociale (CSU, branche bavaroise de la démocratie-chrétienne) dénonçant «double allégeance» ainsi créée, selon elle. Pour l’instant, les enfants nés en Allemagne doivent choisir à leur majorité s’ils garderont la citoyenneté de leurs parents ou le passeport allemand, comme la loi le leur permet pour peu qu’ils vivent en Allemagne depuis huit ans au moins et qu’ils aient fréquenté une école pendant six ans. Le Code de la nationalité, qui date de 1913, a été dépoussiéré en 1991 pour permettre aux étrangers installés depuis 15 ans au moins en Allemagne d’obtenir un passeport allemand. Ce sont ainsi 313.000 étrangers environ qui se sont fait naturaliser en 1995, selon l’Office démographique fédéral. Ulrich Manney, l’un des chercheurs de l’Office, assure cependant qu’un grand nombre d’étrangers n’ont pas fait valoir leurs droits parce qu’ils devaient de ce fait renoncer à leur citoyenneté première et qu’ils auraient «le sentiment de trahir leur patrie». Comment contourner la loi Pour contourner la loi, de nombreux jeunes Turcs — plus importante communauté étrangère avec 2 millions de personnes — renoncent à leur nationalité dans un premier temps afin d’obtenir la citoyenneté allemande, «avant de la redemander deux ans plus tard aux autorités turques», ce qui leur permet d’avoir les deux passeports, assure M. Manney. «C’est une situation connue et tolérée par les autorités», affirme-t-il. Les Verts penchent pour une conception libérale, qui donnerait «le droit à la nationalité allemande à tous les gens nés en Allemagne», à condition que l’un de leur parents y soit installé depuis suffisamment longtemps. Les sociaux-démocrates mettent un bémol en demandant que «le père ou la mère soit né en Allemagne». Chez les Verts, on se montre «confiant»: «Nous sommes d’accord sur le but avec le SPD», note le député d’origine turque Cem Oezdemir. Pour lui, une réforme est nécessaire «non seulement pour l’intégration, mais aussi pour la démocratie», «parce qu’il n’est pas bon qu’une partie de la population n’ait pas le droit de vote». Effet induit d’une telle réforme et dans un domaine hautement sensible et populaire en Allemagne, le football, les jeunes joueurs immigrés les plus doués pourront enfin acquérir la nationalité allemande et être sélectionnés dans l’équipe d’Allemagne. Ainsi serait injecté du sang neuf à la «Nationalmannschaft» qui a beaucoup souffert lors du Mondial en France de la comparaison avec le jeu de «l’équipe pluri-ethnique» française championne du monde. A titre d’exemple, l’équipe juniors de Borussia Dortmund, un des grands clubs allemands, est devenue championne d’Allemagne la saison passée avec deux Turcs, deux Israéliens, un Nigérian, un Monténégrin et un Marocain... (AFP - Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les sociaux-démocrates et les Verts, alliés probables d’un gouvernement de coalition, s’apprêtent à une petite révolution en Allemagne en accordant la double nationalité aux enfants d’immigrés nés dans un pays comptant plus de 7 millions d’étrangers. «Nous rendrons possible la double nationalité», a assuré le futur chancelier Gerhard Schröder au lendemain de la victoire du SPD aux législatives. Les détails restent certes «à discuter», mais son parti a la ferme «volonté» de chambouler le droit de la nationalité, crispé sur des positions conservatrices depuis des années. La majorité démocrate-chrétienne/ libérale du chancelier Helmut Kohl s’est en effet toujours arc-boutée sur le «droit du sang» en refusant obstinément d’accorder la double nationalité aux enfants nés en Allemagne de parents...