Il y a deux ans à peine, l’idée de voir Helmut Kohl quitter le pouvoir suffisait à donner des sueurs froides aux partisans de l’intégration européenne. A une journée des élections générales, que l’actuel chancelier risque de perdre après 16 années de règne accompagnées d’énormes progrès dans la construction européenne, cette perspective est maintenant envisagée sans crainte, même si les convictions européennes de son rival Schröder apparaissent bien moins solides. «Même une BMW huit cylindres est usée quand elle avoue 400.000 kilomètres au compteur», ironise un fonctionnaire de la Commission européenne qui a requis l’anonymat. Certes, la solidarité politique, les réflexes conservateurs, la peur de l’inconnu et l’impressionnant bilan européen du chancelier sortant permettent à Helmut Kohl de garder les faveurs de nombreux responsables, et non des moindres L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing rappelait ainsi début septembre dans le quotidien «Le Monde» qu’il fallait un capitaine expérimenté au gouvernail de l’Allemagne pour affronter le lancement de l’euro et l’élargissement. Schröder, la feuille blanche «Le chancelier Kohl se prononce, sans équivoque possible, en faveur de l’Europe fédérative», écrivait-il en notant la position «ambiguë» de Gerhard Schröder sur la monnaie unique. Ce dernier a bien répliqué dans le même journal, quelques jours plus tard, qu’il était un «européen par goût» et non «par nécessité», soulignant au passage que c’étaient les Français qui redoutaient une Europe fédérale, pas les Allemands. Et pas lui. Cela n’a toutefois pas suffi à rassurer les militants. «Schröder, c’est une feuille blanche au point de vue européen», souligne un diplomate de haut rang. «Il paraît capable de surfer sur la vague anti-européenne», renchérit un responsable de la Commission. L’ancien président de la Commission, Jacques Delors, pour l’occasion peu respectueux de la solidarité entre socialistes européens, fait lui aussi campagne pour son ami Helmut Kohl. L’entourage de l’actuel locataire du Breydel ne cache pas non plus que Jacques Santer préférerait la continuité à Bonn. Le président Jacques Chirac s’est dit lundi «frappé par la vision du chancelier pour ce qui concerne l’Europe de demain». Mais les données fondamentales de la relation de l’Allemagne ont tellement changé ces dernières années que l’avènement au pouvoir de Gerhard Schröder ne fait pas peur. Il y a d’abord la certitude absolue du lancement de l’euro le 1er janvier prochain, qui est sans aucun doute due en grande partie à l’entêtement d’un chancelier bataillant contre une opinion publique récalcitrante à l’idée d’abandonner le mark. «Kohl a permis l’euro et c’est fondamental», plaide-t-on à la Commission où l’on se dit persuadé que sans lui le lancement de ce projet, qui apporte une grande stabilité au dessein européen, aurait été retardé, peut-être même définitivement. En outre, avec ou sans Helmut Kohl, l’Allemagne de cette fin de siècle n’est plus celle que ses partenaires connaissaient. Si les autorités allemandes se comportaient jusqu’à l’unification comme si elles devaient expier les «fautes» de la Seconde Guerre mondiale, acceptant sans rechigner de financer les compromis les plus coûteux, les choses ont changé depuis.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a deux ans à peine, l’idée de voir Helmut Kohl quitter le pouvoir suffisait à donner des sueurs froides aux partisans de l’intégration européenne. A une journée des élections générales, que l’actuel chancelier risque de perdre après 16 années de règne accompagnées d’énormes progrès dans la construction européenne, cette perspective est maintenant envisagée sans crainte, même si les convictions européennes de son rival Schröder apparaissent bien moins solides. «Même une BMW huit cylindres est usée quand elle avoue 400.000 kilomètres au compteur», ironise un fonctionnaire de la Commission européenne qui a requis l’anonymat. Certes, la solidarité politique, les réflexes conservateurs, la peur de l’inconnu et l’impressionnant bilan européen du chancelier sortant permettent à Helmut Kohl de...