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Actualités - Biographies

Kohl , un dernier duel pour la postérité

Entré dans l’Histoire à la faveur de la réunification, Helmut Kohl, au pouvoir depuis 16 ans en Allemagne, entend exaucer son ultime vœu politique lors des élections législatives du 27 septembre: ajouter à ses titres celui de chancelier de l’Europe unie. L’homme que l’on disait fini en 1994 se lance de nouveau à 68 ans dans la bataille électorale pour un cinquième mandat, un record. Margaret Thatcher (12 ans) et François Mitterrand (14 ans) n’ont pu faire mieux. «Le plus dangereux atout politique de Kohl, c’est son inébranlable optimisme», notaient les observateurs lors du scrutin fédéral de 1994. Présenté par ses adversaires sociaux-démocrates comme un homme «usé», Helmut Kohl, qui est aujourd’hui le plus âgé des dirigeants européens, puise sa foi en l’avenir dans les méandres du passé. Né le 3 avril 1930, Helmut Kohl est en Allemagne le dernier d’une génération politique à avoir vécu la Seconde Guerre mondiale. Il y a perdu un frère. Marqué par ces épreuves, il rejoint en 1946 les rangs de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) pour construire une nouvelle Allemagne, avant même que ses mentors politiques, Konrad Adenauer et Ludwig Erhard, n’en définissent les contours. Titulaire d’un doctorat d’Histoire, il devient en 1959 le plus jeune député de l’assemblée de Rhénanie-Palatinat. Dix ans plus tard, il est élu ministre-président dans ce même land. Sa carrière politique est lancée. Et sa mission ainsi définie: faire fructifier l’héritage légué par Adenauer et Erhard, redonner à l’Allemagne sa fierté. Kohl n’hésitera pas à convoquer les figures du passé, le «chancelier de fer» Otto von Bismarck, voire Frédéric de Prusse, pour inculquer à ses compatriotes le sens du «Vaterland», de la patrie. L’Europe naissante donne un cadre à ses ambitions. Après une première tentative infructueuse en 1976 face à Helmut Schmidt, et un retrait stratégique en 1980 au profit de Franz Josef Strauss, Kohl est élu à la chancellerie en 1982 avec l’aide des Libéraux-démocrates sur les ruines d’une classe politique dépassée par les nouveaux enjeux. Il a 52 ans, il incarne le changement. Le lourd tribut de la réunification Après l’expérience du Troisième Reich, une nouvelle date déterminera ses choix politiques: la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989. Mû par son approche intuitive des bouleversements politiques et géostratégiques, Helmut Kohl choisit alors la voie de la réunification, contre l’avis des experts de son propre parti, qui le mettent en garde contre les conséquences politiques, sociales et économiques de ce grand bond dans l’inconnu. Ce tournant historique vaut à Kohl une aura internationale et une immense vague de sympathie dans son pays. Il est applaudi à Dresde en décembre 1990, «l’expérience la plus mémorable de son existence». La CDU remporte une victoire éclatante lors des premières élections libres dans l’ex-RDA, en mars 1990. Les espoirs se dissipent bientôt, rattrapés par l’impitoyable réalité économique. L’intégration de l’Allemagne de l’Est et de ses 17 millions d’habitants coûte cher, trop cher aux yeux des électeurs ouest-allemands. En militant pour la réunification, Kohl a pris un risque économique comparable à l’absorption du Mexique par les Etats-Unis. Hausse des impôts, paralysie de l’économie dans l’Ouest, vague de licenciements, agitation sociale dans l’Est: l’horizon politique et électoral d’Helmut Kohl s’est brusquement assombri. Le chancelier a promis le réveil de la prospérité à l’Est, l’éclosion de «champs de fleurs». La population attend toujours. Kohl a promis de réduire le chômage de moitié d’ici l’an 2000. Les files d’attente devant les bureaux de placement ont doublé. Depuis qu’il détient le pouvoir, le chômage est passé de 1,8 à 4,1 millions de sans-emploi. Réélu contre toute attente en 1994, faute d’un adversaire à sa taille dans les rangs sociaux-démocrates, le colosse (1,93 m, 135 kg) tremble aujourd’hui sur ses bases, incarnant aux yeux des Allemands le responsable de tous leurs maux. Les sondages lui donnent deux points de retard sur son rival social-démocrate, Gerhard Schröder, mais Kohl, galvanisé par la victoire de la CDU en Bavière et la perspective de l’Union économique et monétaire, veut encore y croire. Il aime à se comparer à un coureur de marathon, qui dépasse ses adversaires dans les derniers mètres. «Helmut Kohl donne le meilleur de lui-même lorsqu’il est au pied du mur», résume l’un des ses biographes, Klaus Dreher.
Entré dans l’Histoire à la faveur de la réunification, Helmut Kohl, au pouvoir depuis 16 ans en Allemagne, entend exaucer son ultime vœu politique lors des élections législatives du 27 septembre: ajouter à ses titres celui de chancelier de l’Europe unie. L’homme que l’on disait fini en 1994 se lance de nouveau à 68 ans dans la bataille électorale pour un cinquième mandat, un record. Margaret Thatcher (12 ans) et François Mitterrand (14 ans) n’ont pu faire mieux. «Le plus dangereux atout politique de Kohl, c’est son inébranlable optimisme», notaient les observateurs lors du scrutin fédéral de 1994. Présenté par ses adversaires sociaux-démocrates comme un homme «usé», Helmut Kohl, qui est aujourd’hui le plus âgé des dirigeants européens, puise sa foi en l’avenir dans les méandres du passé. Né le...