La fin de l’ère Kohl et l’entrée probable des Verts au gouvernement inquiètent le patronat allemand qui a conjuré le futur chancelier social-démocrate Gerhard Schröder de renoncer à certains de ses projets économiques. «Mon espoir est que les annonces des deux partis vainqueurs sur des éléments essentiels de leur future politique économique ne se réalisent pas», a déclaré sans ambages le patron des patrons Dieter Hundt (BDA) sur les ondes de la radio Norddeutsche Rundfunk. «J’appelle le SPD et M. Schröder à ne pas concrétiser en particulier leur annonce d’annuler certaines réformes du précédent gouvernement», a-t-il prié. Le gouvernement sortant d’Helmut Kohl a réduit les indemnités maladie, facilité les licenciements dans les petites entreprises et fait voter une réduction progressive des retraites — de 70% à 64% du salaire net moyen — à partir de 1999. «Cette ligne réformatrice doit être maintenue et intensifiée», a insisté M. Hundt. Selon lui, elle a contribué à la reprise économique et de l’emploi. Avouant sur une autre radio, DeutschlandRadio Berlin, que le résultat des législatives n’était «de loin» pas celui qu’il espérait, il a annoncé qu’il utiliserait «toute son influence» pour essayer d’empêcher «le plus possible de ce que le SPD, et surtout les Verts ont annoncé en matière économique». Le SPD a promis un «plan immédiat» pour les jeunes, avec 100.000 emplois à la clé. Sur la fiscalité, où le besoin de réforme est urgent, les sociaux-démocrates croient aux vertus d’une relance par la demande et veulent alléger la feuille d’impôt des familles à bas et moyens revenus. Le SPD et les Verts ont mis sur leurs programmes une augmentation des allocations familiales et la réintroduction d’un impôt sur les grandes fortunes supprimé lors de la dernière législature. Au chapitre environnement, qui concerne directement les grands groupes énergétiques, le SPD se prononce pour l’abandon du nucléaire «le plus vite possible» sans fixer d’échéance, et les Verts pour un arrêt immédiat. Les Verts proposent diverses taxes sur la consommation d’énergies non renouvelables comme l’essence, et autre originalité, un impôt sur la spéculation financière. Les promesses de campagne ont été faites à un moment où la situation économique mondiale était bien meilleure, a supplié Hans Olaf Henkel, le représentant des industriels (BDI). En raison de la crise qui pointe en Amérique du Sud, et de celle qui frappe l’Asie et la Russie, le mark a fortement grimpé, ce qui gêne les exportations allemandes, et la reprise de la conjoncture ne va pas continuer comme on l’avait pronostiqué jusqu’ici, s’est-il plaint à la radio privée Hundert 6. Tenant des propos inversement optimistes sur la conjoncture, Hans Peter Stihl, de la Fédération des Chambres de commerce (DIHT), a aussi demandé que toutes les réformes de ces dernières années soient «gardées et approfondies», dans le quotidien conservateur «Die Welt». «Les discussions sur le Pacte pour l’emploi ne mèneront à rien et seront vite terminées si la marche arrière politique annoncée est réalisée sur le dos des entreprises», a-t-il ajouté dans un communiqué. Dans une tribune parue dans «Die Welt», M. Henkel a précisé les exigences patronales. Outre une baisse des impôts pour les sociétés, il veut une réforme «en profondeur» des caisses de retraite, chômage, maladie, et suggère «d’aller vers une plus grande privatisation sous contrôle étatique». Il réclame que l’assouplissement des conditions de licenciement soit étendu à toutes les entreprises et le droit pour les sociétés de conclure «des accords sur le temps de travail et les rémunérations avec leurs comités d’entreprises, (…) quand elles le veulent», passant outre les conventions salariales conclues avec les syndicats. (AFP)
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