Au royaume des animaux, l’étonnante ardeur au travail des fourmis était déjà bien connue. Trois scientifiques viennent de mettre en évidence que le labeur obstiné, anonyme et sophistiqué de ces insectes a également signé l’acte de naissance de l’agriculture moderne... quelque 50 millions d’années avant l’homme. L’agriculture constitue une occupation essentielle des fourmis. Lieu de résidence, leurs fourmilières abritent aussi les champs où elles font pousser les champignons et autres moisissures qui constituent l’essentiel de leur régime alimentaire. Mais à ce jour, les détails de cette microscopique besogne, exceptionnelle dans le règne animal, étaient restés rares. En dessinant l’arbre génétique de plus de 500 «produits» récoltés de nos jours par les fourmis des États-Unis et d’Amérique latine, l’équipe d’Ulrich Mueller, de l’université de College Park (Maryland), est parvenue à illustrer d’un jour nouveau l’histoire agricole de cet insecte. Dans leur étude publiée dans l’hebdomadaire «Science», il apparaît que les fourmis ont inventé il y a 50 millions d’années des techniques reproduites par l’homme depuis seulement quelques millénaires et que l’histoire du développement de leur activité agricole ressemble à s’y méprendre à celle de l’agriculture humaine. «Tout leur système est bien plus compliqué que nous ne le pensions jusque-là, explique M. Mueller. A l’origine, nous croyions qu’une première fourmi, de façon fortuite, avait réussi une seule récolte et qu’alors, tous ses descendants l’avaient perpétuée au fil des âges. Nous savons désormais que ce n’est pas le cas». Les chercheurs ont ainsi découvert qu’à de multiples occasions, les fourmis avaient élargi la palette de leurs récoltes au gré des accidents climatiques, biologiques et botaniques de leur histoire. «Ces fourmis n’ont jamais abandonné leur aptitude à domestiquer» les plantes, souligne le zoologue. Cinq produits Ainsi, leurs récoltes d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles qu’elles ingurgitaient hier. «Confrontées à la menace de la disparition d’une de leurs cultures, les fourmis réussissent aussi bien à domestiquer elles-mêmes une culture sauvage qu’à acquérir auprès de voisines la technique nécessaire pour en domestiquer une autre», indique M. Mueller. Au total, les auteurs de l’étude ont recensé plusieurs cultures différentes apparues simultanément et dans des tribus éloignées de plusieurs centaines de kilomètres. Un scénario identique à celui des premières récoltes de l’agriculture humaine. «Cette étude nous en apprend autant sur les hommes que sur les fourmis», se réjouit Jared Diamond, spécialiste de l’agriculture à l’université de Los Angeles (Californie). «Les fourmis cultivent cinq produits différents. Par comparaison, nous n’élevons que quatorze espèces de bétail, nous sommes à peine plus diversifiés qu’elles», commente-t-il. Et le parallèle ne s’arrête pas là. Les scientifiques ont également découvert avec surprise que les fourmis agricultrices maîtrisaient parfaitement depuis des lustres des techniques aussi récentes pour l’homme que la fertilisation et l’utilisation des herbicides naturels. «Elles utilisent les sécrétions de certaines glandes pour éliminer les éléments pathogènes susceptibles de détruire leurs ‘jardins’, dit Ulrich Mueller. Elles fabriquent également leur propre compost, réalisé à base de feuilles qu’elles mélangent à leurs propres excréments». «Ce produit apparaît même spécialement adapté pour le type de champignons qu’elles récoltent», s’émerveille le scientifique. Pour lui, il n’y a plus aucun doute. «Seules quelques rares espèces animales sont capables de faire ça, des termites, quelques scarabées et l’homme bien sûr, conclut Ulrich Mueller. Les fourmis sont de loin les toutes premières agricultrices de l’histoire de la terre».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au royaume des animaux, l’étonnante ardeur au travail des fourmis était déjà bien connue. Trois scientifiques viennent de mettre en évidence que le labeur obstiné, anonyme et sophistiqué de ces insectes a également signé l’acte de naissance de l’agriculture moderne... quelque 50 millions d’années avant l’homme. L’agriculture constitue une occupation essentielle des fourmis. Lieu de résidence, leurs fourmilières abritent aussi les champs où elles font pousser les champignons et autres moisissures qui constituent l’essentiel de leur régime alimentaire. Mais à ce jour, les détails de cette microscopique besogne, exceptionnelle dans le règne animal, étaient restés rares. En dessinant l’arbre génétique de plus de 500 «produits» récoltés de nos jours par les fourmis des États-Unis et d’Amérique...