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Actualités - Chronologie

Le caméléon qui a donné à la gauche sa revanche

Gerhard Schröder était un obscur député du Bundestag lorsqu’il s’agrippa aux grilles de la chancellerie allemande en 1982, une nuit de virée entre amis, en hurlant: «Je veux entrer». Seize ans ont passé, 16 ans d’un règne sans partage du chancelier Helmut Kohl et de l’Union démocrate-chrétienne. A 54 ans, Gerhard Schröder, l’homme pressé, a enfin réalisé son rêve en remportant dimanche les élections législatives. Télégénique, le regard bleu charmeur, Schröder plaît à ses concitoyens pour l’espoir de changement qu’il incarne dans un pays où la montée du chômage (11% de la population active) obsède les esprits. Investi le 2 mars dernier candidat du Parti social-démocrate, le ministre-président de Basse-Saxe brûle de devenir le Tony Blair allemand, le chef de file d’une gauche moderne, dont le flirt appuyé avec le libéralisme ne plaît guère à ses camarades de parti. «Je veux parvenir à un nouveau terrain d’entente avec les grands patrons de l’industrie», affirme Schröder, membre du Conseil de surveillance de Volkswagen, qui a présenté un programme de modernisation de l’économie et de la société axé sur l’emploi. Le prochain chancelier s’est assigné trois priorités pour les 100 premiers jours de son mandat: mettre en place un «pacte pour l’emploi» pour lutter contre le chômage, revenir sur les réformes de Kohl, les «injustices» sociales, comme la baisse des indemnités maladie et la réforme des retraites, et rétablir le dialogue en Allemagne entre les «gens de la culture». Baptisé «Départ pour une Allemagne moderne et juste», ce programme est suffisamment flou pour masquer quelques contradictions et renoncements aux convictions de la première heure, au grand dam de la gauche du SPD. Géométrie variable Entré en politique en 1963, issu de la génération Willy Brandt, Gerhard Schröder, né le 7 avril 1944, a balayé pacifisme et écologie pour se faire le chantre de la croissance et de la libre entreprise. Les hommes qu’il a choisis pour être les futurs ministres de l’Economie est du Travail sont plus libéraux que ceux d’Helmut Kohl. Le premier est Jost Stollmann, industriel, a fait fortune dans l’informatique, membre de la CDU jusqu’au milieu des années 80, le second est Walter Riester, numéro deux du syndicat de la métallurgie IG Metall, un réformateur apprécié du patronat. Pendant la campagne électorale, certains ont salué le pragmatisme du candidat — Schröder prône le libéralisme tout en plaidant pour la défense de l’emploi allemand —, mais d’autres se sont inquiétés de son programme à géométrie variable et ont rappelé ses piètres résultats en Basse-Saxe, qui n’était pas un modèle de gestion efficace. Le taux de chômage y est le plus élevé des Länder ouest-allemands. Le nombre de demandeurs d’emplois atteignait 12,8% en 1997 contre 9,4% en 1990, l’année de l’accession de Schröder à la tête du gouvernement. Les électeurs, qui ont passé outre aux quatre mariages de Schröder — il a épousé la journaliste Doris Köpf, 33 ans, en 1997 — et à ses fréquentations dans la «jet-set», ne se sont pas embarrassés de considérations idéologiques. Schröder s’est présenté comme «la» solution à la crise, et cela a suffi. A ce titre, les origines du vainqueur de dimanche ont représenté un atout majeur dans la course à la chancellerie: il n’a jamais connu son père, mort au front en Roumanie. Sa mère, remariée avec un manœuvre, dut faire des ménages pour nourrir ses cinq enfants. Il a quitté le collège pour devenir vendeur de matériel informatique avant de reprendre sa scolarité et d’obtenir son diplôme d’études secondaires à 22 ans. Il étudie ensuite le droit à l’université de Göttingen et obtient son diplôme d’avocat en 1976 à l’âge de 32 ans. Il entre au Bundestag quatre ans plus tard et échoue en 1986 lors des élections au Parlement de Basse-Saxe. Il prend sa revanche en 1990 et a été réélu à une confortable majorité en 1994 et en mars dernier. (Reuters)
Gerhard Schröder était un obscur député du Bundestag lorsqu’il s’agrippa aux grilles de la chancellerie allemande en 1982, une nuit de virée entre amis, en hurlant: «Je veux entrer». Seize ans ont passé, 16 ans d’un règne sans partage du chancelier Helmut Kohl et de l’Union démocrate-chrétienne. A 54 ans, Gerhard Schröder, l’homme pressé, a enfin réalisé son rêve en remportant dimanche les élections législatives. Télégénique, le regard bleu charmeur, Schröder plaît à ses concitoyens pour l’espoir de changement qu’il incarne dans un pays où la montée du chômage (11% de la population active) obsède les esprits. Investi le 2 mars dernier candidat du Parti social-démocrate, le ministre-président de Basse-Saxe brûle de devenir le Tony Blair allemand, le chef de file d’une gauche moderne, dont le...