Des dizaines de milliers d’Albanais fuyant le Kosovo ont afflué ces derniers mois au Monténégro, mettant à rude épreuve la politique d’ouverture de la petite république yougoslave voisine de la Serbie, qui refuse désormais d’accueillir de nouveaux réfugiés. A Rozaje, dans les montagnes proches de la Serbie, et donc du Kosovo, tout près aussi de l’Albanie, une centaine de personnes s’entassent dans une maison en briques de trois étages, pas terminée mais déjà équipée du confort minimum. Tous sont des Albanais du Kosovo, accueillis, à deux pas de la mosquée, dans cette maison propriété des autorités musulmanes de la petite ville, où la communauté albanaise était déjà majoritaire. Plusieurs organisations humanitaires assureront la réparation du toit ou fourniront des sanitaires, la solidarité albanaise fera le reste. «Nous allons rester, ici au moins nous avons un toit», assure une mère de famille arrivée là avec sa progéniture. A Rozaje, la population a gonflé de 30% en quelques semaines. A Plav, une localité voisine, de 50%. De même, sur l’ensemble du territoire monténégrin, le phénomène a pris des proportions alarmantes: 45.000 réfugiés sont arrivés depuis le début du conflit au Kosovo en février, s’ajoutant aux 30.000 venus depuis 1991 de Bosnie et de Croatie. Au total, ils représentent aujourd’hui 12% de la population. Problèmes économiques et sociaux Le Monténégro est ainsi devenu la première terre d’accueil, par le nombre, des populations déplacées du Kosovo, et affirme de ce fait être directement victime du conflit et de l’inaction de la communauté internationale. La réponse des autorités est tombée le 11 septembre, lorsque le gouvernement a décidé de ne plus permettre aux réfugiés d’entrer sur son territoire. Deux jours plus tard, 3.000 personnes étaient expulsées vers l’Albanie. «Nous avons pris cette mesure en sachant qu’elle risquerait de nuire à l’image positive dont bénéficie le Monténégro à l’étranger, mais nous sommes confrontés à des problèmes économiques et sociaux que nous ne pouvons plus supporter, et à une pression politique croissante», explique pour sa défense Milo Djukanovic, le président réformateur du Monténégro. La pression politique vient de Belgrade, que Milo Djukanovic, farouchement hostile à la politique du chef de l’Etat fédéral yougoslave, Slobodan Milosevic, et aux opérations des forces serbes au Kosovo, accuse de pousser le plus grand nombre possible de réfugiés vers le Monténégro pour le déstabiliser.(AFP)
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