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Actualités - Chronologie

La crise, quelle crise ?

«La crise, quelle crise ?» Les paysans du petit village de Bakouri, dans la région de Saratov, ont beau voir le rouble dégringoler et les denrées occidentales disparaître des magasins, ils n’en répugnent pas moins à prononcer le mot qui fait frémir la Russie. Alors que la monnaie russe a perdu près de 70% de sa valeur depuis la mi-août et que le pays est sans gouvernement depuis plus de deux semaines, les habitants de Bakouri (150 km au nord de Saratov, dans le centre de la Russie) continuent de vivre comme si de rien n’était, certains que tout sera réglé très bientôt. «De quoi vous parlez? Chez nous, c’est pas arrivé», répondent-ils pratiquement tous avec un brin de fierté, en lâchant à peine un «bah» flegmatique quand on évoque le dollar à plus de 20 roubles. «On est loin de Moscou, des discussions de la Douma (Chambre basse du Parlement) et des marchés. Nous avons du travail et du beurre, je ne vois pas de quoi nous pourrions avoir peur, dans une semaine tout sera normal», lance avec un optimisme partagé Oleg, 28 ans, conducteur de tracteur au kolkhoze voisin qui produit céréales, légumes et bovins. Comme lui, la plupart des habitants du village, qui compte 3.000 âmes, ne jurent que par leurs cultures. «Le lait, la farine, le saucisson, on les fait nous-mêmes. Quant aux denrées qui ont augmenté, on a déjà fait des stocks», raconte Valentina Varfolomeïeva en faisant ses courses. Isolés au fin fond de la province, les Russes qui vivent de la terre, loin de la civilisation, n’ont pas les mêmes besoins que les citadins, relève une journaliste de Télé-Saratov, Olga Rekounova, qui a déjà arpenté plusieurs districts de sa région. Depuis quatre jours déjà, dans l’un des deux magasins privés du village, il n’y a plus de sucre. Le patron ne peut plus se permettre d’en commander à la ville, le prix a triplé, et personne n’en achèterait, explique-t-elle. Les seuls produits occidentaux qui restent dans les rayons proviennent des stocks «d’avant». Ils sont vendus à l’ancien prix, sur ordre du gouvernement de la région, au tiers de leur valeur réelle. Sur les rayons, les pâtes de Samara (Volga) ont remplacé les macaronis italiens, et les bonbons russes ont repris l’avantage sur les Mars. «Bien sûr, les gens ne sont pas contents, mais ils ont l’habitude, ils sont calmes, ils achètent ce qu’ils trouvent», raconte Anatoli Agafonov, affalé sur son comptoir. M. Agafonov perd de l’argent entre deux commandes. Et pourtant, lui aussi est d’un calme impressionnant, même quand on évoque la possibilité de fermer boutique. «Il est idiot de penser que la crise va continuer, ce n’est pas possible, il y a l’offre et la demande», se rassure t-il. «Les paysans n’ont pas vraiment compris. Bien sûr ils sont un peu inquiets de la vacance du pouvoir. Ils le seraient vraiment s’ils n’avaient pas de pain», explique une fonctionnaire de l’administration locale, Tatiana, qui préfère taire son nom de famille. «Et puis nous ne sommes jamais morts de telles crises. Bon, il n’y a plus de sucre. Tant pis, on s’en passera. Pourquoi faudrait-il s’énerver ? Qu’est-ce que l’on pourrait faire d’autre que ce que l’on a toujours fait: supporter», poursuit-elle. Pour d’autres, la bourrasque financière qui balaie la Russie ne change pas la donne. Ils étaient pauvres, ils le restent. «Je n’ai pas de dollars, ni de roubles puisque les retraites n’ont pas été payées depuis trois mois. Déjà avant je n’achetais rien, qu’est-ce que cela change ?», bougonne une retraitée. A Bakouri, le mot «crise» est presque devenu tabou. «Ce n’est pas à nous d’y penser», lâche le kolkhozien Oleg. «Je refuse de voir les informations, je ne veux pas, je ne veux pas», lance de son côté une institutrice. D’autant plus que le gouverneur de la région, Dmitri Aïatskov, est venu rassurer les habitants. «La terre et l’homme russe sont encore là, on va vivre normalement». (AFP)
«La crise, quelle crise ?» Les paysans du petit village de Bakouri, dans la région de Saratov, ont beau voir le rouble dégringoler et les denrées occidentales disparaître des magasins, ils n’en répugnent pas moins à prononcer le mot qui fait frémir la Russie. Alors que la monnaie russe a perdu près de 70% de sa valeur depuis la mi-août et que le pays est sans gouvernement depuis plus de deux semaines, les habitants de Bakouri (150 km au nord de Saratov, dans le centre de la Russie) continuent de vivre comme si de rien n’était, certains que tout sera réglé très bientôt. «De quoi vous parlez? Chez nous, c’est pas arrivé», répondent-ils pratiquement tous avec un brin de fierté, en lâchant à peine un «bah» flegmatique quand on évoque le dollar à plus de 20 roubles. «On est loin de Moscou, des discussions...