Des analystes indépendants accusent la communauté internationale d’avoir recours à des méthodes «non démocratiques» pour favoriser les candidats modérés aux élections générales du week-end en Bosnie. «Ces élections vont apporter des changements, mais cela sera le résultat de mesures non démocratiques prises par la communauté internationale», estime l’International Crisis Group (ICG), une organisation réputée pour le sérieux de ses analyses sur la Bosnie, dans un rapport publié cette semaine à Sarajevo. Les électeurs bosniaques sont appelés à voter dans le cadre des secondes élections générales depuis la fin de la guerre pour le renouvellement de toutes les positions clés du pouvoir, notamment: présidence et Parlement fédéraux, Parlements des deux entités, Fédération croato-musulmane et Republika Srpska (RS), et présidence de RS. L’ICG rappelle les pouvoirs exécutifs spéciaux dont le haut représentant civil en Bosnie, Carlos Westendorp, a été doté fin 1997 par la communauté internationale pour accélérer la réalisation de l’accord de paix de Dayton, qui a mis fin à la guerre de 1992-1995 en Bosnie. M. Westendorp a notamment exercé son autorité pour évincer les radicaux serbes de RS, anciens alliés du leader de guerre des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, toujours recherché par la justice internationale pour crimes de guerre. L’ICG cite également le limogeage par M. Westendorp d’élus bosniaques, accusés d’avoir bloqué le retour de réfugiés, et les opérations commandos des soldats de la Force de stabilisation de l’OTAN (SFOR) contre les personnes suspectées de crimes de guerre. Actions arbitraires «positives» Bien que la communauté internationale ait «foulé les principes des institutions démocratiques en Bosnie», l’ICG estime que ces élections vont «de nouveau entériner le statu quo», et contribuer à cristalliser les divisions ethniques. «Elles (les élections) ne vont pas d’elles-mêmes faire avancer le processus de paix», selon les termes du rapport. Le directeur de l’ICG, Chris Bennett, a déclaré lors de la présentation du rapport que certaines actions arbitraires internationales avaient été «positives», mais que certaines n’avaient pas été démocratiques, et que ce n’était pas M. Westendorp qui aurait à en subir les conséquences. M. Westendorp, décrit par certains comme le «vice-roi» de Bosnie, a justifié le recours à ses pouvoirs spéciaux, expliquant qu’il les avait utilisés en l’absence d’accord entre responsables croates, serbes et musulmans. M. Bennett a néanmoins admis que la démocratie était un processus «dangereux» en ex-Yougoslavie, qui pourrait conduire à des tensions en Bosnie entre les trois principales communautés. «Les politiciens ne défendent que les intérêts de leur propre groupe ethnique, portant ainsi préjudice aux autres groupes vivant en Bosnie», a-t-il souligné, estimant que le système électoral actuel, tel qu’il a été défini dans l’accord de Dayton, devait être révisé. (AFP)
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