Un quart de siècle après le Watergate, le Congrès américain est à nouveau confronté au spectre de la destitution présidentielle, mais l’ampleur des méfaits reprochés à Richard Nixon est difficilement comparable à la nature des accusations avancées contre Bill Clinton, selon nombre d’experts. Les avocats de Bill Clinton se sont d’ailleurs empressés de mettre les deux cas en parallèle pour tenter de refroidir les appels à la destitution de leur client. Pour eux, le scandale du Watergate, qui a entraîné la démission de M. Nixon en 1974, a trait aux abus de pouvoir présidentiel pour dissimuler une action criminelle — un cambriolage du siège du Parti démocrate à Washington. «Les fausses déclarations du président Nixon au public et aux tribunaux, faites dans le cadre d’un complot pour entraver la justice et au travers du parjure de ses principaux conseillers, de paiements aux personnes accusées d’actions criminelles et au recours à la CIA (l’agence centrale de renseignement) pour damer le pion à l’enquête du FBI (sûreté fédérale)», constituent autant d’abus de pouvoir, selon le document présenté par les avocats de M. Clinton en réponse aux accusations du procureur Kenneth Starr. «Un simple récapitulatif de ces actions met en évidence à quel point elles diffèrent de celles du président Clinton», selon les avocats. Pour M. Starr, M. Clinton s’est rendu coupable de onze actes criminels susceptibles de justifier sa destitution par le Congrès, dont parjures, entraves à la justice, subornation de témoins et abus de pouvoir. La commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants, chargée en premier lieu de l’examen des accusations, aura à se prononcer sur leur validité et devra notamment établir si M. Clinton a violé la loi en cherchant à dissimuler sa liaison adultère avec Monica Lewinsky, de la même façon que M. Nixon a violé la loi pour tenter d’étouffer les répercussions du cambriolage de 1972 dans l’immeuble du Watergate. Différences substantielles Dans le cas de Richard Nixon, la commission judiciaire avait retenu trois chefs d’inculpation justifiant d’une destitution — dont le parjure, l’entrave à la justice, la subornation de témoins et les abus de pouvoir. Mais pour John Dean, ancien avocat de M. Nixon, les deux affaires ne sont vraiment pas comparables. «La nature des actions est substantiellement différente», a affirmé M. Dean lors d’une interview à la télévision. Les activités reprochées à M. Nixon étaient «d’une ampleur et d’une envergure bien plus grandes que ce qu’avance M. Starr», a-t-il ajouté. Pour le père jésuite Robert Drinan, ancien représentant démocrate et membre de la commission judiciaire qui avait voté pour la destitution de M. Nixon, l’affaire du Watergate ne peut être comparée à celle du Monicagate. «Je doute fort que dans le cas (de Clinton) nous ayons à faire à des délits passibles de destitution. La destitution implique que vous faites quelque chose de tellement grave contre les intérêts de la répubique que vous devez être renvoyé», a affirmé le père Drinan qui enseigne le droit constitutionnel à l’université de Georgetown. Pour C. Vann Woodward, historien à l’université de Yale et auteur d’une étude sur le Watergate, le seul véritable élément de comparaison est que dans les deux cas les présidents ont menti. Mais dans un cas il s’agissait de cacher une liaison adultère et dans l’autre d’une atteinte à la Constitution, a-t-il estimé. «Les preuves de la culpabilité de M. Nixon provenaient de ses propres enregistrements» réalisés en secret dans le bureau Ovale, alors que M. Starr ne semble pas avoir de preuves aussi concluantes à l’encontre de M. Clinton, selon M. Woodward. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un quart de siècle après le Watergate, le Congrès américain est à nouveau confronté au spectre de la destitution présidentielle, mais l’ampleur des méfaits reprochés à Richard Nixon est difficilement comparable à la nature des accusations avancées contre Bill Clinton, selon nombre d’experts. Les avocats de Bill Clinton se sont d’ailleurs empressés de mettre les deux cas en parallèle pour tenter de refroidir les appels à la destitution de leur client. Pour eux, le scandale du Watergate, qui a entraîné la démission de M. Nixon en 1974, a trait aux abus de pouvoir présidentiel pour dissimuler une action criminelle — un cambriolage du siège du Parti démocrate à Washington. «Les fausses déclarations du président Nixon au public et aux tribunaux, faites dans le cadre d’un complot pour entraver la justice et...