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Actualités - Chronologie

Vision d'une société accro

Au Liban, tout le monde l’a… le cellulaire, évidemment! Du banquier au plombier, de la mère de famille à l’employée de maison. Car avoir un cellulaire au Liban, ce n’est pas seulement une nécessité, c’est une obligation sociale, voire un must. Alors, son cellulaire, quand on l’a, on en est fier et on l’exhibe pour faire bien. Au restaurant, on le pose sur la table pour que tout le monde le voit. Evidemment, quand c’est le dernier cri. Sinon, on le cache, honteux de n’avoir pas le modèle le plus récent. Et au restaurant, on se contacte d’une table à l’autre, juste pour se dire “salut”ou “hi”, si vous préférez. Pour l’homme, c’est l’objet viril, phallique par excellence. Et puis l’homme, il le porte à la ceinture, son cellulaire, exactement là où il portait son revolver il y a tout juste quelques années. Certains disent que c’est pratique de le fixer à la ceinture, d’autres avouent aimer exécuter ce geste qui est de porter la main à l’arrière, pour saisir son revolver... euh, pardon! son cellulaire, comme les cow-boys. La femme elle, plus posée, le range soigneusement dans son sac à main, et ne se prive pas de le laisser sonner longuement. Le moment qu’elle choisit pour appeler sa mère au téléphone est évidemment en plein trafic, au volant de sa voiture. Elle lui demande conseil, se plaint de son mari ou de ses enfants, et les deux femmes s’échangent des recettes, ou font tout simplement la causette, comme dans un salon. Car, c’est si ennuyeux de conduire au Liban, au mois d’août, dans les embouteillages. Et tant pis pour le fou du volant qui s’impatiente derrière, cellulaire à la main, lui aussi, ou pour l’homme d’affaires en retard à son rendez-vous, qui tambourine comme un forcené sur son klaxon. Elle, continue sa conversation tranquillement, roulant à gauche, cellulaire à l’oreille, et chewing-gum à la bouche. Au supermarché, c’est la “bonne” qu’elle appelle, car c’est sur place qu’elle fait sa liste. Et le compte rendu de tout l’étalage de légumes y passe, car c’est la “bonne” qui fera le menu du déjeuner de “monsieur”. Et puis, quand quelques ados se retrouvent pour passer du bon temps ensemble, chacun d’entre eux pose son cellulaire bien en évidence devant lui, s’il n’en a pas deux, et c’est à celui qui sonnera le premier et c’est à celui qui sonnera le plus souvent. L’intéressé répond, tout sourire, et converse longuement avec sa belle, nullement gêné de passer plus de temps au téléphone qu’avec ses copains. Ah, la belle soirée en perspective, hein? Heureusement que les cellulaires ne sont pas admis en salles de cours, sinon les profs parleraient aux murs. Ça dérange qui? Mais le comble du cellulaire, c’est de le laisser sonner en plein concert de musique classique, ou alors de parader avec à la plage ou au bord de la piscine. Ce que c’est cool de bavarder au cellulaire, étendu sur sa chaise longue! Au fait, pourquoi ne pas converser dans la piscine? Il y fait si bon par cette canicule insupportable. Mais si, par malheur, le cellulaire tombait à l’eau ou alors était éclaboussé par un gamin un peu trop exubérant, il ne survivrait pas aux caprices de son usager. Malgré maintes opérations de rinçages à l’eau douce puis de séchages, il finirait par rendre l’âme, ne vous en déplaise. Et même si l’on retournera chez son agent gueuler bien fort que l’appareil ne vaut rien, celui-ci, malgré son air bienveillant, ne sera pas dupe… Deviendrait millionnaire celui qui fabriquerait un portable “waterproof”, mais alors les Libanais demanderaient d’autres options encore plus bizzaroïdes.
Au Liban, tout le monde l’a… le cellulaire, évidemment! Du banquier au plombier, de la mère de famille à l’employée de maison. Car avoir un cellulaire au Liban, ce n’est pas seulement une nécessité, c’est une obligation sociale, voire un must. Alors, son cellulaire, quand on l’a, on en est fier et on l’exhibe pour faire bien. Au restaurant, on le pose sur la table pour que tout le monde le voit. Evidemment, quand c’est le dernier cri. Sinon, on le cache, honteux de n’avoir pas le modèle le plus récent. Et au restaurant, on se contacte d’une table à l’autre, juste pour se dire “salut”ou “hi”, si vous préférez. Pour l’homme, c’est l’objet viril, phallique par excellence. Et puis l’homme, il le porte à la ceinture, son cellulaire, exactement là où il portait son revolver il y a tout juste...