La Suisse, qui passe volontiers pour le pays du luxe, s’est offerte un luxe sans doute unique: une quatrième langue officielle, le romanche, que personne (ou presque) ne parle. «Le secret du succès de la Suisse est le mélange de minorités qui ont réussi à vivre ensemble depuis 700 ans. C’est une particularité que nous cultivons parfois jusqu’à l’extrême», explique Hanspeter Danuser, directeur de l’office du tourisme de Saint-Moritz, dans le canton des Grisons, sorte de paradis alpin logé entre l’Italie et l’Autriche. C’est là, dans les hautes vallées de l’Engadine où se côtoient la jet-set mondiale et les derniers montagnards parlant un dérivé du latin apporté par les légions romaines en l’an 15 avant Jésus-Christ, que tente de survivre le romanche ou rhéto-roman. Quelque 50.000 personnes à peine, 0,6% de la population suisse, utilisent aujourd’hui ce dialecte. Encore ont-ils du mal à s’entendre puisqu’il n’existe pas moins de cinq variétés de romanche écrit, chacun revendiquant contre le village voisin la paternité du «vrai» romanche. Parlée par 1,4% des Suisses il y a un siècle, la langue a suivi un lent déclin, conséquence de l’évolution économique plus que des rivalités de chapelles. L’industrie et le tourisme ont attiré dans les Grisons des immigrants germanophones, au point que l’allemand, la langue de 70% des Suisses, est majoritaire dans le canton. Inversement, plus d’un tiers des Romanches ont quitté des terres restées très pauvres jusqu’à l’avènement des sports d’hiver, à la fin du siècle dernier, pour les centres industriels et administratifs de la Suisse alémanique. «Aujourd’hui, plus personne ne parle uniquement romanche», constate Jost Fallet, président de la Lia Rumantscha, la ligue de défense des langues et cultures romanches. En famille Dans une Suisse où la plurilinguisme se veut un des piliers de l’identité nationale, la menace d’extinction du rhéto-roman a provoqué un sursaut des autorités et de la population. En 1996, 76% des Suisses l’ont élevé par référendum à la dignité de langue officielle, derrière l’allemand, le français et l’italien, pour tout ce qui concerne les rapports de la Confédération avec les Romanches. «Tout le monde est très gentil avec les Romanches. Ils ont leur propre radio, des émissions de télévision. C’est un investissement qui ne rapporte rien mais à forte valeur sentimentale et politique», dit M. Danusen de Saint-Moritz. Subventions aux médias locaux, à la Ligue romanche, aux exploitations agricoles des hautes vallées, expérience de bilinguisme à l’école, plusieurs millions de francs (suisses) sont investis pour freiner la régression du romanche. Une sixième variété de romanche a même été créée, le Rumantsch Grischun, pour faire autorité et unifier les cinq idiomes dans une langue unique écrite. Mais les responsables locaux reconnaissent que l’économie représente le facteur déterminant pour la survie de la langue. M. Falett, le président de la Lia Rumantscha, porte un diagnostic réservé. Le risque est que l’usage du romanche, neuvième seulement des idiomes parlés en Suisse derrière les autres langues nationales mais aussi l’espagnol, le portugais, l’anglais et même le turc, ne subsiste plus qu’en famille et dans des manifestations folkloriques. «On ne peut pas dire quelles sont les chances du romanche sur cinquante ans», reconnaît-il. D’autres sont plus optimistes. Dans une économie locale où le tourisme représente plus de la moitié des emplois et 2,3 milliards de dollars de revenus annuels, le romanche, langue latine, s’est révélé un passeport pour le français, l’italien, l’espagnol ou le portugais et une ouverture sur le monde.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Suisse, qui passe volontiers pour le pays du luxe, s’est offerte un luxe sans doute unique: une quatrième langue officielle, le romanche, que personne (ou presque) ne parle. «Le secret du succès de la Suisse est le mélange de minorités qui ont réussi à vivre ensemble depuis 700 ans. C’est une particularité que nous cultivons parfois jusqu’à l’extrême», explique Hanspeter Danuser, directeur de l’office du tourisme de Saint-Moritz, dans le canton des Grisons, sorte de paradis alpin logé entre l’Italie et l’Autriche. C’est là, dans les hautes vallées de l’Engadine où se côtoient la jet-set mondiale et les derniers montagnards parlant un dérivé du latin apporté par les légions romaines en l’an 15 avant Jésus-Christ, que tente de survivre le romanche ou rhéto-roman. Quelque 50.000 personnes à...